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L’attente [avant la course]

L’attente [avant la course] par Robert Crispo

  • Prélude : pour se mettre dans l’atmosphère comme au début d’un film.
  • Musique : la symphonie pathétique de Tchaikovsky.
  • Peinture : le tableau  » Massacre des innocents  » ou un autre de Bruegel l’Ancien.
  • Événement : Camp Mercier-Mont-Sainte-Anne, 62 km avec quelques petites côtes…

Départ dans 30 minutes ! Départ dans 30 minutes !… tonitrue l’organisateur avec sa voix stridente et autoritaire qui nous ramène sur terre, sur neige je voulais dire. Deux cents, trois cents conversation simultanées et mêlées viennent de baisser instantanément de ton. Mais ça repart de plus belle. Deux cents, trois cents compétiteurs commentent la température incertaine, critiquent les qualités de telle marque de cire, évaluent intérieurement leurs chances de battre leurs copains [c’est-à-dire d’améliorer leur propre performance; c’est plus beau], mentionnent leur grippe récente et soudaine et… flattent frénétiquement leurs skis.

Combien de couches de cire de plus que normale ? Comme le dit l’ancien slogan publicitaire, seul son coiffeur…

Pendant ce temps, dehors, ce sont les tests. LES TESTS. LES FAMEUX TESTS de glisse. Ils sont peut-être une quarantaine à mesurer (le grand sourire intérieur toujours, rien ne paraît) l’avance d’un quart de ski par rapport à leurs ennemis compétiteurs, amis dans la vie bien entendu.

Vous avez deviné de quoi je parle? L’attente avant la course, le moment des plus grands espoirs permis, des plus beaux objectifs, le résultat tangible de tant d’entraînement à la portée de la main.

J’ai choisi ici le Loppet Camp Mercier-Mont-Sainte-Anne, le Grand Fond pour les plus vieux. Ça aurait pu être une autre course.

Le départ est à 8 heures. Ça fait trois jours qu’on en dort [presque] pas. Ça fait trois mois qu’on en rêve [presque].

C’est la nervosité dans l’air. Plusieurs vous diront que c’est invisible. Ceux-là, amenez-les près des toilettes, c’est  » sensible « .

DÉPART DANS 5 MINUTES !

Les engins se réchauffent.
Les regards s’intériorisent.
Les bras, les jambes bougent nerveusement.
Les skis claquent.
L’adrénaline voyage dans l’air, passe à travers les corps.
Il fait -25 °C, pas grave.
Il fait peut-être 0, plus 0, trop 0, pas grave.
Tous sont forts, tous sont égaux.

Cinq minutes d’une lenteur inouïe.

PAF ! C’EST LE DÉPART…

1994

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