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De rerum natura [De la nature des choses]

De rerum natura [De la nature des choses] par Douglas Wren

Comme vous, je passe des heures en solitaire avec mes pensées, soit en ski, soit à pied ou en natation. Je fais l’entraînement nécessaire pour le marathon de Londres en mi-avril et avec la distance et le temps, mes pensées, comme les vôtres, se faufilent entre la réalité et une brume anesthésiée.

À l’apogée de l’Empire britannique, Rudyard Kipling écrivit dans le Conte de l’éléphant je crois, de What ? et Why ? et When ? et Where ? et How ? Je pose ces questions à mon cerveau drogué et commence à cogiter sur la cosmologie. Cosmologie avec une théorie d’unification pour la mécanique quantique et la relativité générale… Ha ! Alors, nous pouvons tout savoir sur tout. Singularités où le temps et l’espace sont déformés à l’infini et la matière est infiniment dense, tout… Mais pour comprendre, il nous faut la thermodynamique avec l’entropie et la troisième loi qui décrit l’impossibilité de refroidir la matière au zéro absolu. Peut-être la Loi de Dieu dit que nous ne pouvons jamais savoir tout sur tout. Peut-être la philo n’est-elle pas morte.

De retour aux questions de Kipling. Quoi ? Le bonheur de vivre, d’aimer. Pourquoi ? Car c’est une force radiante qui puisse faire monter l’esprit des autres. C’est une émotion contagieuse. Quand ? Ah ! Le bonheur vient de l’intérieur. Mais c’est une émotion fugitive qu’il faut développer et soigner. Où ? Aux endroits et aux occasions inattendus. Et comment ? Un sourire et l’envoi de la main en acte de soumission à l’automobiliste à qui on vient de couper le chemin en courant contre le rouge; la récompense d’un sourire par retour. Mais attention, jamais en France où un sourire peut être mal reçu ! La glissière de ma braguette ou quoi ? Et semblable pour la dame.

Comme Kipling, les Grecs ont posé des questions semblables. Ils avaient des idées un peu bizarres à propos de l’amour, mais par contre ils le décrivaient en trois mots. Éros n’a pas besoin de description; nous avons tous vécu éros. Un autre mot, philia ou amitié. L’amitié ou philia qu’on trouve au Camp des maîtres grâce au philia des organisateurs et des bénévoles. Et finalement, agape, l’amour spirituel; l’amour de la nature par exemple. Agape, c’est l’émotion que nous partageons en pratiquant nos sports.

Ainsi, la nature illusoire du moi empirique se fond en Zen et je suis arrivé chez-moi. Vos songes sont-ils semblables pendant que défilent les kilomètres ?

Carpe diem [Saisir le jour] !

Avril 1994

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