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L’entraînement miracle?

L’entraînement miracle ? par Guy Thibault, Ph.D.

NDLR : L’éditeur de L’Écho des maîtres, André Filion, prend l’initiative de publier le verbatim d’une conversation entre Guy Thibault et son bon copain Réjean Fournier, enregistrée à leur insu sur cassette audio par le président de l’AMSFQ, Léon Simard, alors qu’incognito il prenait son  » p’tit dèj’  » au Krieghoff, bien tapis derrière ses lunettes soleil (ce qui ne contraste pas du tout dans la faune bigarrée des habitués de ce café de la rue Cartier).

– Eh Guy ! Ça va ? T’es un habitué du Krieg ? Ton fameux livre avec Pierre Harvey et Pierrette est finalement sorti ? Peut m’asseoir là ?

– Euh, dans l’ordre : Pas mal merci; Oui, meilleur café au monde, j’ai bien dit au monde; Oui, à Pâques — deux semaines en première position des  » best sellers  » selon La Presse; pas peu fiers — et… Oui assied toi; content d’te voir. Et toi, ça va ?

– Qu’est-ce que tu griffonnes sur ton bout de papier ?

– Ah ! Rien. Juste l’entraînement miracle.

– Ton fameux  » intervalles courts  » ?

– Ouais. Tu le sais, je le recommande souvent. Mais je l’ai jamais bien expliqué. Alors, je me creuse la nénette pour trouver une façon originale. Histoire de rendre la théorie moins sèche.

– …

– Je l’ai fait faire cet hiver en version  » pros de la bécane  » à une couple de gars de l’équipe GAN — Boardman, Moncassin, … —, via leur coach Denis Roux. À part un surentraînement transitoire en début de saison pour monsieur Superman, ça marche fort. Comme avec Clara Hughes avant ses deux médailles à Atlanta.

– Toujours la même formule ? Des séries de 10 minutes d’alternance d’efforts de 15 secondes entrecoupés de périodes de récupération active de 30 secondes ?

– À peu près, oui. De c’temps là, en fait, j’essaie surtout le  » trois fois 15 minutes de « 15 secondes vite — 15 secondes lent » « .

– Le  » 15 vite  » revient pas mal vite ! Non ?

– La formule  » 15-30  » c’est rien qu’une des nombreuses formes d’entraîne-ments par intervalles courts. Gerschler, le gars qui y a pensé le premier [un Allemand], dit qu’il faut faire des fractions d’effort de 15 secondes ou moins, entrecoupées de périodes de récupération dont la durée est égale ou jusqu’à deux fois plus longues.

– Donc  » 10-10  » jusqu’à  » 10-20  » ou  » 15-15  » jusqu’à  » 15-30  » ?

– Oui. Ça paraît que t’enseignes les mathématiques.

– Ça c’est du calcul, Guy. Les mathématiques c’est pas aussi simple, d’habitude.

– En fait, ça peut être du  » 12-12 « , ou du  » 12-24  » si tu préfères. L’idée c’est que tant que tu restes dans la limite du  » 15 secondes ou moins  » et du temps de récupération égal jusqu’au double, t’es OK.

– Mais toi, c’est la formule  » 15-15  » que tu préfères ?

– Oui. Évidemment tu travailles pas aussi fort avec du  » 15-15  » qu’avec du  » 15-30  » : t’as moins de temps pour récupérer. Mais tu ne travailles pas beaucoup moins fort et, en compensation, tu fais pas mal plus de répétitions. On parle de 90 répétitions — j’ai bien dit 90 — avec la formule  » trois fois 15 minutes de « 15 secondes vite – 15 secondes lent » « . Et tout ça en moins d’une heure et demie, incluant échauffement, retour au calme et repos actif entre les séries de 15 minutes. Le plus difficile c’est de trouver la bonne intensité au cours des premières pointes.

– Oui. Je me rappelle qu’on avait fait nos premiers 15 secondes  » vite  » un peu trop secs quand on avait essayé ton  » entraînement miracle  » au Parc Colbert.

– C’est l’erreur de tout le monde; même les athlètes chevronnés. Résultat, à la fin, tu  » payes  » pour. Ou bien tu dois ralentir, ou bien tu termines épuisé, ce qui n’est vraiment pas le but.

– Ah non ?

– NON ! Contrairement à ce qu’on serait porté à croire, c’est pas nécessaire de se pousser à fond au cours d’un entraînement par intervalles pour en retirer des bénéfices.

– Oui, mais tu sais comment on est. Non ?

– Quand tu fais de  » l’intervalles courts « , dès les premières fractions d’effort de 10, 11… ou 15 secondes, peu importe, c’est  » ta responsabilité  » de trouver une intensité qui est suffisamment élevée pour faire en sorte que tu t’enlignes vers un niveau satisfaisant de fatigue — histoire de pas feeler trop cheap —, mais pas trop intense de sorte que tu sois capable d’augmenter sensiblement l’intensité de la première à la dernière répétition, sans t’épuiser.

– …

– …

– Hum, c’est vrai qu’il est bon leur café.

– Te l’ai dit; le meilleur au monde.

– Comme ça tu crois aux miracles ?

– Non, mais faut admettre que l’entraînement par intervalles courts a des vertus particulièrement intéressantes. D’abord ça fait perdre plus de poids que l’entraînement continu chez les gens au régime. C’est un de mes chums à l’Université Laval qui a montré ça; Angelo Tremblay. Et l’idée c’est que tu développes à la fois ta puissance aérobie maximale et ta capacité anaérobie, les deux déterminants de la performance les plus importants en ski de fond et en cyclisme. C’est la seule forme d’entraînement qui fait ça; développer deux qualités physiques en même temps.

– C’est ton opinion ou…

– Non, non. C’est prouvé. Plusieurs études : Japon, États-Unis, Scandinavie… En fait, y’a trente ans Gerschler le disait déjà, mais on vient de redécouvrir que  » l’intervalles courts  » paye beaucoup sur le plan de la performance.

– Hum !

– Quand tu fais ta fraction rapide, tu sollicites ton système neuro-musculaire à une intensité qui peut facilement atteindre et même dépasser largement ton VO2max, même si tu ne te pousses pas à fond; de là la sollicitation et donc l’amélioration de ta capacité anaérobie.

– …

– Par contre, pendant ta fraction lente, ton système cardiovasculaire doit amener l’oxygène aux muscles pour compenser pour l’oxygène que t’as utilisé pendant la pointe, c’est pour cela qu’on dit que l’entraînement par intervalles courts développe la puissance aérobie maximale autant que la capacité anaérobie. Qu’est-ce t’en penses ?

– Génial.

– OK. On y va pour génial, mais quand je pense à ce qui est arrivé à Clara Hughes, c’est  » miracle  » qui me vient à l’esprit.

– La grande rousse là ?

– J’tai pas raconté ? Quand Denis Roux était entraîneur de l’équipe canadienne, je lui ai recommandé un entraînement d’hiver spécial pour Clara, parce qu’elle était  » pognée  » pour rester à Winnipeg : deux fois 10 minutes de  » 15 secondes vite — 30 secondes lent « . Mais Denis avait mal retenu et lui a fait faire – tiens toi bien – une heure par jour de 20 secondes à haut régime avec 40 secondes de récupération active !

– … !

– Sans arrêt !

– Wow !

– T’imagines ? Une heure sur le CompuTrainer. Tous les jours !

– Tu penses que c’est ça ses deux médailles aux Jeux ?

– On peut pas affirmer ça de même, mais mettons qu’avec son talent immense et un entraînement pareil…

– …

– …

– Euh, Guy; tu trouves pas que le gars aux lunettes de soleil à côté il a le nez de Léon ?

Mai 1998

 

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