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Un, deux, trois, fartez…

Un, deux, trois, fartez… par Paul Junique

L’Écho des maîtres vous dévoile enfin, en primeur, ce document tant attendu dans le monde du fartage. Ces réflexions personnelles vous aideront à beurrer correctement vos skis et à comprendre pourquoi ceux du voisin sont toujours plus rapides que les vôtres.

Je tiens à rassurer tout de suite les angoissées, les angoissés et les malhabiles; il est inutile de savoir farter pour performer. Pensez-vous que Daely et Dicenta flattent leurs skis ? Pas du tout. Deux ingénieurs, un météorologue, deux techniciens et plusieurs commanditaires s’occupent du cirage de leurs semelles. Avec la même équipe, vos problèmes seraient résolus.

Dans tous les ateliers de fartage, l’animateur commence par expliquer l’importance du choix du ski. Pourquoi ? Parce que sans ski, pas de fartage. C’est l’évidence même et pourtant personne ne prend la peine de le préciser.

Pour choisir le ski le plus adapté à votre morphologie, achetez un des vieux skis de A. Fortier. Ce dernier vous démontrera facilement que c’est exactement le ski qui vous convient. Si vous préférez vous rendre dans une boutique de sport, choisissez un magasin où l’on pratique le test de la feuille de papier. Le vendeur glisse une feuille de papier sous votre ski, vous grimpez sur le ski, le vendeur tire sur la feuille et…

• la feuille se déchire (soit le papier est de mauvaise qualité, soit le ski est trop mou) ;

• la feuille ne se déchire pas (soit le papier est d’excellente qualité, soit le ski est trop cambré).

Mais, que dire d’un papier de bonne qualité et d’un ski trop cambré ou bien d’un papier de mauvaise qualité et d’un ski trop mou ? Ces deux combinaisons enlèveraient toute valeur au test. Exigez donc un papier de bonne qualité et un ski adapté à votre morphologie avant de choisir la cambrure de vos prochaines planches.

Si votre budget est limité en choisissant un ski de patin et un ski de classique, vous obtiendrez une paire de skis combinés, à prix avantageux.

Je vous livre ici quelques trucs pour faire professionnel et impressionner le vendeur :

• mirez la base en pointant une lumière et faites entendre un léger grognement de satisfaction ;

• exigez que votre fixation soit installée à 1/16 de pouce de la position conventionnelle ;

• demandez si les skis proposés sont de la série 50021-PS-42 qui, un ami bien placé vous l’a affirmé, ne vaut rien et a été envoyée en Amérique du Nord pour débarrasser les entrepôts des fabriquants européens.

Et maintenant, quelques conseils pour ne pas faire amateur et désappointer le vendeur :

• face aux skis alignés le long du mur du magasin, ne donnez pas un coup de pied (comme on le fait pour tester les pneus d’une nouvelle auto) dans les spatules ;

• ne racontez pas votre dernière sortie avec Pierre Harvey. C’est impossible que Pierre connaisse les centaines de skieurs qui ont raconté la même histoire ;

• ne demandez pas s’il faut mettre une couche de goudron sur la base; les vendeurs sont généralement trop jeunes pour savoir ce que c’est.

Les skis une fois achetés, il faut  » préparer la base « . Si vous décidez de faire la préparation dans un lieu public, munissez-vous d’un tablier aux couleurs d’une compagnie connue (essentiel pour bien paraître). Évitez une inscription du genre  » C’est moi qui lave la vaisselle  » ou bien  » Elvis est toujours vivant, il skie au Mont-Sainte-Anne « . Ça fait amateur.

Mais pourquoi faut-il préparer la base ? Parce qu’elle s’est oxydée et que les farts ne rentreront plus dans les pores prévus à cet effet. Ça, c’est la réponse habituelle; mais personne ne vous explique le mécanisme de l’oxydation. Je vais donc prendre quelques lignes pour clarifier tout ça.

À l’origine, une oxydation est une fixation d’oxygène, mais par extension, on considère l’oxydation comme une perte d’électrons. Votre base a-t-elle fixé de l’oxygène ou a-t-elle perdu des électrons ?

• Si c’est l’oxygène qui s’est fixé, les trous pourraient être bouchés, ce qui justifierait l’élimination d’une couche de base par grattage. Mais dans le cas d’une perte d’électrons, les trous seraient agrandis et gratter la base deviendrait inutile.

• Vous connaissez beaucoup de maîtres farteurs qui ont étudié ces mystères ?

Bref, grattez votre base si vous ne craignez pas de l’abîmer, après tout, c’est vous qui l’avez payée. Et n’oubliez pas de terminer le travail avec un passage au Fibertex, pour couper les poils. Une lame de rasoir neuve peut faire le même travail et ça se fait même sous la douche.

Il va de soi que tout farteur qui se respecte a un banc de fartage. C’est une forme de bois destinée à recevoir le ski pendant qu’on le frotte et c’est fabriqué par tous les  » mononcles  » bricoleurs qui les offrent en cadeau pour Noël. Si vous n’avez pas de mononcle bricoleur, prenez deux chaises et servez-vous des dossiers.

À partir de maintenant, c’est la pochette de fartage qui va retenir notre attention.

Une pochette de fartage, ce n’est pas une poche dans laquelle on range le fartage. C’est une zone bien délimitée, sous le ski, où il faut appliquer le fart. Personne ne sait exactement où se trouve cette zone, alors faites comme tous les skieurs, mettez des marques sur les côtés des skis et laissez les autres croire que vous savez où se trouve votre pochette de fartage.

Pour les skis de classique, on recommande d’appliquer une couche de fart de base. Fumisterie. Avez-vous vu quelqu’un farter le dessus d’un ski ? Non. Donc, tous les farts sont des farts de base, puisqu’on les applique sur la base. Alors pourquoi mettre un fart de base avant d’appliquer le fart du jour qui lui-même est un fart de base ?

Passons à une autre hérésie : le fart du jour.

Le fart du jour peut très bien être le même que celui de la veille ou le même que celui de la dernière sortie de la saison précédente. Alors pourquoi l’appeler fart du jour ? Appliquez donc un fart universel en début de saison et laissez-le s’user tranquillement au fil des sorties. Vous aurez ainsi un fart de tous les jours et plus de problème de fart du jour.

Le fart de glisse (glider) s’applique sur toute la longueur du ski et ne sert absolument à rien puisqu’on l’enlève aussitôt étendu. Pour économiser, utilisez un baby glider : d’un format plus petit, il est plus économique. D’autres farts s’achètent également dans les magasins pour enfants : les poussettes. Il y en a de toutes les couleurs, mais avec les sept couleurs de l’arc-en-ciel, toutes les combinaisons sont accessibles. Le choix d’un fart est simple : il est affiché dans les centres de ski et sur Internet.

Quelques questions embarrassantes, à ne pas poser à votre prochain atelier de fartage :

• Si on applique plusieurs couches, est-il préférable de mettre (par exemple) huit fois une couche ou une fois huit couches ?

• Au motel, est-il possible de laisser les skis devant la porte de la chambre pour qu’ils soient cirés pendant la nuit ?

• Pourquoi le couvercle des poussettes ne tient-il plus une fois qu’on a commencé à enlever l’enveloppe métallique ?

• Quels critères ont servi au choix de la couleur verte pour les conditions froides et de la couleur rouge pour les conditions chaudes ?

Le klister est le fart qui tient le mieux et qui ne nécessite que quelques minutes d’application pour des heures de nettoyage. On l’utilise principalement pour nettoyer les pistes en fin de saison. Cependant, il permet aussi de beurrer les sièges d’auto.

Pour terminer, je vous livre quelques secrets jalousement gardés par tous les vieux pros du fartage :

• le rainureur (petit appareil servant à détruire une base neuve en quelques secondes) se remplace en cas d’urgence par une lame de couteau à pain dentelée ;

• la brosse en crin de cheval (belle brosse sur laquelle on écrit son nom, son adresse, son numéro d’assurance sociale pour se la faire retourner en cas de perte) se remplace en cas d’urgence par une brosse à souliers (belle brosse, beaucoup moins chère) ;

• le défarteur (liquide de composition secrète) est de bonne qualité si on retrouve sur l’étiquette l’inscription  » En cas d’inhalation, appelez vite un médecin  » ;

• le liège se remplace en cas d’urgence par un bouchon de bouteille de vin. Ça tout le monde le sait, mais pour obtenir de meilleurs résultats, prenez un bouchon de Bordeaux pour liéger le fart rouge, un bouchon de Muscadet pour le fart jaune, un bouchon de Baby Duck pour le fart bleu et un bouchon de Champagne pour le Cera F.

Enfin, un bon conseil : faites fondre vos vieux farts pour les mélanger et vendez aux nouveaux de votre club le miraculeux  » Premix  » ainsi préparé.

Vous en savez maintenant presque autant que moi sur les secrets du fartage et si vous posez des questions à la fin du prochain atelier, tout le monde saura que vous n’avez pas lu cet article.

Je tiens à remercier mes maîtres farteurs : Stéphane, Côme, Luc, Aloïs. Ce sont eux qui ont inspiré ces lignes. Pour conserver leur anonymat, je place leurs noms dans le désordre, ainsi ils seront honorés et personne ne les reconnaîtra : Votchovski, Germain, Desrochers, Barrette.

Ces trois anecdotes, avant de vous laisser.

En 1921, aux Championnats du monde des maîtres, à Saint-Léonard, A. Fortier, commandité par une marque de bière bien connue, prend de la bleue. Il gagne une médaille.

En 1923, aux Championnats du monde des maîtres, à Saint-Léonard, A. Fortier, commandité par une marque de vin bien connue, prend du rouge. Il gagne une médaille.

En 1998, aux Championnats du monde des maîtres, à Lake Placid, P. Junique, non commandité, ne gagne aucune médaille.

Bye, Bye. On se revoit au Camp des maîtres, à l’atelier de fartage…

Novembre 1998

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