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Challenge 1999

Challenge 1999 par Paul Junique

Fins mars, si la vie vous intéresse, participez donc au Challenge Québec. On peut s’inscrire soit pour les deux jours, soit pour un seul jour, soit en équipe de rallye. Moi, j’ai préféré souffrir deux jours avec les cinquante autres intrépides qui ont testé le Challenge pour vous.

Ça commence par cinquante-cinq kilomètres en classique.

Accompagné du coureur du Motel les Berges, je suis arrivé en avance pour farter et pour être sûr d’avoir libre accès aux toilettes. Des bancs de fartage flambants neufs attendent les premiers clients. Il fait chaud et le klister coule à flots. Après avoir recueilli l’avis d’Internet et de quelques experts, j’applique une couche de bleu Swix, une couche de mauve Toko, une couche d’orange Start, une couche de rouge Briko et une couche d’argent Rode; ça remplace avantageusement tout klister universel. Mes skis sont rapides et pas mal collants, il leur manque de quoi retenir les klisters qui migrent dangereusement vers l’arrière de la semelle. De retour au banc de fartage, je soulève mes couches, j’applique du vert sous mon talon et je replace le reste. Je suis prêt. J’en profite pour suggérer aux coureurs de l’an prochain d’utiliser le nouveau fart universel Toko : on programme l’ordre dans lequel on veut les couleurs, on pèse sur le bouchon et les klisters sortent du tube dans l’ordre désiré. Quel progrès !

Les amis, c’est l’heure, il faut y aller. On s’est donc rendu au plateau de départ, face aux gondoles du Mont-Sainte-Anne. C’est là que le Challenge commence : pas vite, il faut le dire. Dans tout challenge, il faut attendre une heure sur la ligne de départ. C’est pour que les organisateurs vérifient notre attitude face au stress du départ et assurent notre sécurité. C’est étonnant parce que parqués derrière une barrière, on ne risque pas grand chose, à part des engelures (par chance, il ne fait pas froid), l’hypothermie (heureusement il n’y a pas de vent), l’envie de pipi (les spectateurs baissent les yeux quand on ouvre nos braguettes) et les crampes d’estomac (un distributeur de barres énergétiques alimente les plus faibles).

Finalement on est parti. Lentement, parce qu’après vingt mètres, la prudence s’impose au premier chemin à traverser. Ensuite, on s’est tous pris pour des vedettes parce que les meneurs (Pierre, Jocelyn, Guido, Carl, Marie-Odile, Maire-Hélène et le coureur du Motel les Berges…) ont adopté leur rythme du dimanche sans compétition. Je suis fier d’avoir suivi mes idoles quelques minutes. C’est valorisant de skier avec nos élites, même si on en arrache pour les suivre quand ils roulent en zone 1. J’ai même demandé si je ne pouvais pas mener quelques secondes, pour me faire un souvenir pour ma retraite, mais personne ne m’a entendu.

La montée a commencé dès que l’élite a accéléré (ou que j’ai ralenti, je ne me souviens plus). La piste n’est pas très belle. Il reste encore quelques portions tracées, ce qui nuit au Challenge qui, normalement, se déroule hors piste. Aucun problème : venant de Montréal, je m’entraîne sur le mont Royal et j’ai l’habitude des pistes détruites quelques minutes après le passage du traceur. J’ai donc évité les traces pour ne pas être disqualifié. Donc, on monte et on arrive sous les lignes de l’Hydro où un nouveau challenge nous attend : le slalom au milieu des motoneiges. Là, j’ai un handicap : je m’entraîne au milieu des merdes de chiens et non au milieu des  » skidoo « , mes réflexes ne sont adaptés ni à la vitesse ni à l’odeur des motorisés.

Les skieurs sont maintenant regroupés par affinité. Moi je skie avec Christian, un des membres de l’écurie du Motel les Berges et André. Le paysage est grandiose, fils électriques devant, fils électriques derrière, odeur de gazoline partout. On bavarde amicalement pour passer le temps entre les postes de ravitaillement qui ne sont pas à leur poste, comme dans un vrai challenge.

Après un petit tour dans un boisé, pour se changer les idées, on a entrepris la descente vers le fleuve, dans une piste de bobsleigh. Personne ne s’est planté, mais tout était prévu : la fin de la descente est accessible en train pour assurer le transport à un hôpital en cas de problème.

Il nous reste maintenant une quinzaine de kilomètres le long de la piste cyclable. Je vais pouvoir structurer gratuitement mes skis sur un mélange neige-sable-asphalte de première qualité. Pour les grosses rainures, les organisateurs ont prévu des tunnels remplis de garnottes. On est enfin arrivé au Domaine Maizeret, sous les acclamations de la foule. Les premiers sont déjà derrière leur bière, mais avant de les rejoindre, j’ai attendu pour féliciter les amis. Christian n’a pas l’air trop abîmé et Jean-Yves veut déjà repartir pour la deuxième partie. Marie-Hélène et Bernard se sont perdu quelques kilomètres, mais comme c’est un challenge, on peut s’égarer si on veut.

La collation était excellente, le dodo aussi.

Deuxième journée, en patin cette fois. On doit faire quarante-cinq kilomètres, ou quarante-deux, ou trente-sept, personne ne sait puisque c’est un challenge et ça doit rester secret. Redépart avec le coureur du Motel les Berges. Il est un peu plus fatigué qu’hier, mais moins que demain. Comme dans tous les challenges, on a patienté une heure sur le plateau de départ, pour notre sécurité, bien entendu. Et puis, on est parti en file autochtone (ou amérindienne, comme vous voulez) à travers la ville. La belle file de skieurs, tirée par les gros cardios locaux a traversé quelques parcs et plusieurs rues avant de s’étirer et se rompre pour laisser filer les vedettes.

La première montée fait au moins huit kilomètres et je me suis payé le luxe de dépasser le coureur du Motel les Berges. Il m’a doublé aussitôt et a accéléré un peu trop à mon goût. Je suis resté avec Marie-Odile pour discuter un peu. Je n’ai pas pu, elle roule trop vite.

Aujourd’hui, c’est dimanche et les motoneiges, qui se reposent des efforts d’hier, sont moins nombreuses. Par contre, les postes de ravitaillement sont bien mieux cachés qu’hier et je n’en ai vu qu’un seul. La piste est belle et serpente à travers de nombreux boisés. Pour le  » structurage  » des skis, c’est excellent : on traverse plusieurs routes, et on longe de nombreux chemins recouverts d’une mixture abrasive extrêmement efficace. J’ai skié tout seul, essayant de rattraper Govinda dans le sprint final. Quand j’ai réalisé que ce n’était pas lui, mais un biathlonien sans fusil, j’ai arrêté ma poursuite. Je voulais garder de l’énergie pour lever ma bière et féliciter mes amis. Acclamé par la foule, j’ai franchi la ligne d’arrivée et j’ai bu quatre  » boost  » d’un coup pour me refaire une hydratation.

Mai 1999

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