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Camp des maîtres 1999

Camp des maîtres 1999 par Paul Junique

Carole n’a pas pu venir, alors j’ai voyagé avec Janis Joplin qui m’a chanté 845 fois Me and Bobby McGee entre le pont Champlain et Michel Bédard.

Et oui, vous l’avez deviné, c’est le temps du Camp des maîtres et j’ai roulé toute la soirée pour vous retrouver. En tout cas, vous devez être là puisque le stationnement est plein de voitures de maître (une voiture de maître, c’est une voiture qui appartient à un maître et non une limousine avec chauffeur). Le temps de décharger mes affaires, ma Subaru et la VW de Fred sont déjà en train d’échanger les derniers potins.

Le pèlerinage a commencé par la visite à Michel (Bédard) qui, fidèle au poste, nous accueille depuis tellement longtemps qu’il connaît nos numéros de chambre par cœur et les rumeurs aussi :

  • il n’y a pas de neige à Montréal ;
  • il n’y a pas de neige à Hull ;
  • il n’y a pas de neige à Québec ;
  • il n’y a pas de neige sur la rive-sud ;
  • il y a de la neige à Canmore ;
  • il faut prendre deux desserts pour faire partie du quiz du Président ;
  • Fred ne donne plus de cours de déphasé, il donne un cours de Fisher ;
  • après 15 heures, l’assurance des maîtres ne couvre plus les crises d’hypothermie sous la douche ;
  • l’an passé, un maître sans son dentier aurait souri à une maître vers 5 heures du matin dans les couloirs. La maître est encore traumatisée.

Bon, je vais rejoindre ma chambre, le numéro 1105. C’est à deux kilomètres à l’est des toilettes les plus proches, mais Michel m’a assuré que l’an prochain un service de navette reliera les chambres aux sanitaires. Et, si tout va bien, dans deux ans, Intrawest mettra un petit train à notre disposition. Autre bonne nouvelle, ma chambre est commanditée par Du Maurier et il faut l’aérer trois heures avant d’y entrer. La soirée va être longue…

Heureusement, j’ai trois charmantes voisines (Jacqueline, Christiane et Nadine) chez qui je peux me réfugier pour passer la veillée et manger des amandes grillées au soja. Elles m’ont raconté leurs jeunesses tumultueuses et leurs aventures fantastiques. Ulysse lui-même en serait jaloux.

Avant d’aller au dodo, j’ai programmé ma montre pour 6 h 30. À la cinquième alarme, je suis allé me brosser les dents pour foncer au plus vite à la cafétéria.

Ils sont là, tous, comme tous les ans. Sourires aux lèvres, les maîtres déjeunent et moi je réalise pour la première fois que ce n’est pas la neige qui m’attire vers eux, mais plutôt le plaisir de les revoir, de serrer leurs mains, d’échanger les premiers bonjours de l’hiver et de me sentir bien, au milieu des amis.

Depuis trois semaines, j’ai modifié mon entraînement en musculation pour me préparer à transporter mes deux plateaux (un avec du bon gras et l’autre avec du gras régulier). Le livre de Pierrette (ma « nutritiologue » préférée) a révolutionné les habitudes alimentaires des maîtres. Tous ont maintenant deux plateaux. Ça permet d’économiser les déplacements (donc de rentabiliser les réserves énergétiques) et d’être dans le quiz du Président (ça, je l’ai dit un peu plus haut).

« On va skier ? » Pas beaucoup de réponse. Le thermomètre Swix propose -1 ˚C, celui de Toko 0 ˚C et personne n’a de fart pour -0,5 ˚C. C’est le drame et puis la neige est rare. Mais sur le lac… on peut faire du patin. Ce que j’ai fait pendant deux heures et demie. Les maîtres ont le choix de valser soit dans le sens horaire, soit dans le sens anti-horaire. Ceux qui ont trop tourné la veille font de la danse aérobique sur le terrain de balle molle. Sans les skis, bien sûr.

Malgré les craquements, j’ai pratiqué mes virages à droite avec Bernard (Larocque). Il est tombé dans une marmite de bonne humeur quand il était petit et ça paraît encore. Pour les virages à gauche, c’est Monsieur Taïga qui m’a accompagné. J’ai arrêté pour aller rencontrer le dessert du jour et puis la tête me tourne un peu.

Repas léger, l’atmosphère est détendu, pas d’angoisse de fartage, les maîtres randonnent cet après-midi. Moi, j’ai fait le tour du camp en passant par la montée Cascade. Personne sur la piste, le manque de social me pèse. J’en profite pour rentrer prendre une douche froide et un peu de repos.

C’est le Salon du skieur qui va me sortir de ma somnolence d’après souper. En voici les points forts, pour ceux qui n’y ont pas assisté.

En rentrant, à droite, Toko. Si ce n’est pas jaune, c’est pas Toko. Leur nouveau four à pain est encombrant, mais on peut y loger plusieurs paires de skis. C’est la nouvelle merveille pour vieillir prématurément les semelles : on farte, on met au four quelques heures, on ressort des skis aussi usés qu’après 200 fartages. Plus besoin d’acheter les skis usagés de Fred, puisque quelques heures suffisent maintenant pour transformer un ski neuf en ski 200 fois plus vieux.

Kahru présente encore la botte Pilot jaune et noire ainsi que la botte Pilot noire et jaune. Par contre, ils n’ont pas encore sorti l’habit pour aller avec. Le costume d’IMCO 1981 peut faire l’affaire, mais il n’en reste qu’au musée du ski à Val-David.

Depuis que ma photo en ski à roulettes sur le mont Royal a été publiée dans La Presse, la demande ne cesse de croître pour ce genre d’équipement. Monsieur V2 est étonné qu’à Montréal on s’entraîne d’avril à décembre avec ses produits pour compétitionner de janvier à mars sur neige. Pourquoi ne pas s’entraîner sur neige de janvier à mars pour compétitionner d’avril à décembre avec ses produits. Ça s’en vient…

Du nouveau cette année : les lunettes Adidas. Parfaitement étanches, elles sont fabriquées en plastique recyclable et des verres ininflammables. Pour tous les sports, pour tous les goûts, pour toutes les tailles, pas pour toutes les bourses.

Les potins :

  • Cette année, la Keskinada aura lieu dans le parc de la Gatineau, les organisateurs me l’ont assuré.
  • Léon est bien atteint d’une aptitude chronique au bonheur, son sourire me l’a confirmé.
  • Aux tirages, je n’ai rien gagné.

« … Et si on éclusait quelques verres de l’antigel de Fred. » Je ne nommerai pas le rustre qui a osé prononcer cette phrase (surtout qu’il me semble que c’est moi). On goûte avant de juger.

Le Camp des maîtres :

légèrement turbide, de couleur rubis, ce rouge au bouquet puissant et au goût incisif aurait bénéficié agréablement de quelques traces de 2-méthoxy-3-isobutylpyrazine pour rehausser son goût de Bordeaux.

Le Château du président :

d’une franchise remarquable, sa couleur vieux rose en fait un vin racé, à la bonne odeur de framboise. Bien charpenté et accrochant, ce rouge a de la mâche.

Le Millésime :

acidulé, charnu, tannique en fond de bouche, ce rouge aurait gagné à être ouvert à l’avance.

Le Cerisier :

bien structuré en tannins, ce rouge rude et astringent porte bien son nom. En effet, son bouquet de griotte flatte avantageusement les conduits olfactifs.

Le Classique :

d’une limpidité parfaite, capiteux à souhait, ce blanc est légèrement creux à mon goût.

Le Déphasé :

un peu jeune pour une première sortie, comme le confirme sa jolie teinte verte, ce blanc est pourtant mœlleux et gouleyant. À vieillir encore quelques mois.

La Forêt des skieurs :

de loin le plus délicat des grands blancs présentés. Sa robe jeune et fraîche, de même que son bouquet effacé ne l’ont pas avantagé au palais des amateurs, mais les pros ont certainement apprécié son potentiel remarquable.

Le Bemkasteller :

délicatement onctueux, ce blanc léger et désinvolte a sûrement délié beaucoup de langues (et de braguettes, mais ça je ne l’écrirais pas, c’est vulgaire… mais peut-être vrai).

Et puis le party a commencé. Au bar, les maîtres. Derrière le bar, Jacques (Fecteau) et Gilbert (Rioux). Accoudés au bar, les skieurs de l’Estrie. Sous le bar, personne pour le moment.

J’ai récemment parcouru « Le Zen et le tire-bouchon », l’excellent ouvrage de notre ami Jacques (Fecteau). Il y explique comment le ski de fond et le Camp des maîtres l’ont amené à se dévouer à l’art d’ouvrir les bouteilles. Doué d’une maîtrise parfaite de la rotation du poignet et d’une concentration absolue dans la contraction du biceps, le maître offre le spectacle d’une assurance tranquille fondée sur des années d’expérience et de pratique. À voir absolument.

Et pendant ce temps, ça danse. Des idylles se nouent. Pour n’embarrasser personne, je ne citerai aucun nom. Dans le désordre : Jean et Suzanne, Denis et Léon, Martin (des Grands ballets canadiens) et le cha-cha-cha, Martin et le tango…

J’ai dû prendre un peu trop de vin parce qu’en regagnant ma chambre, j’ai rencontré deux frères Faltus rigoureusement identiques. Maudite boisson. Avec un tel party la veille du Loppett du mont Orford, les départs vont s’étaler du dimanche au lundi. L’an prochain, les organisateurs s’engagent à fournir un bracelet d’identification avec nom et numéro de chambre; ça évitera aux fondeurs avinés d’errer toute la nuit dans les couloirs à la recherche de leur lit. De plus, des prix de présence seront tirés au petit déjeuner pour ceux qui seront capables de s’y rendre avant 7 heures.

Je me suis quand même réveillé à 6 h 30, juste assez pour me rendormir jusqu’à 7 heures. Vite à la cafétéria. Pas grand monde, mais des yeux rouges témoins des exploits éthyliques de la veille. Beaucoup de cafés forts plus tard, je suis allé faire un peu de course à pied. Quelques aventuriers continuent à valser sur la banquise.

Ça sent le retour à la maison. Alors je rentre prendre une douche, ranger mon matériel, embrasser les amis, serrer des mains et vous souhaiter un bon hiver.

 

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