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Un camp, quand?

Un camp, quand ? par Paul Junique

N’importe quand avec mon nouveau logiciel « Camp des maîtres ».

Le branchement de mon casque intégral est terminé, le CD ronronne dans son lecteur. Tout est prêt pour me transporter à la virtuelle Forêt Montmorency.

Sur un fond de neige immaculée, un premier bouton apparaît :

Moyen de locomotion

Il donne accès aux choix suivants :

Auto – Avion – Ski – Autre

Je sélectionne le premier, puis toute une série d’options pour finalement me retrouver avec Janis Joplin et sa musique des années 70. Quand j’ai essayé de programmer 872 fois « Me and Bobby McGee », l’ordinateur a failli sauter. Ce programme n’est pas assez puissant pour mes goûts musicaux. Une fois l’ambiance assurée, j’ai choisi arbitrairement un itinéraire :

Autoroute 20

Nuit

Arrêt au Mac Donald

Pas pressé

C’est l’amortisseur virtuel de mon siège et la fin de mon programme musical qui m’ont prévenu de mon arrivée dans le stationnement de la forêt.

Sur l’écran apparaît l’accueil et le visage sympathique de Michel (Bédard)


qui m’explique comment choisir une chambre. À ma sélection :

Loin des douches

Loin des toilettes

Loin des maîtres qui ronflent

le programme a répondu « Exigences rejetées, toutes ces chambres sont prises. Il reste quelques places près des douches, près des toilettes et proches des maîtres qui ronflent ». Ça commence bien !

Les couloirs défilent. J’ai même la possibilité de rencontrer des maîtres en sélectionnant :

Rencontres

puis une des options suivantes :

Maître qui revient d’un atelier de fartage

Maître qui revient de la douche

Maître avec une bouteille de bière

Maître qui cherche sa chambre

Maître qui ne me connaît pas

Pour aller au dodo le plus vite possible, c’est ce dernier choix que j’ai programmé… et l’ordinateur a planté. Tous les maîtres me connaissent.

Confortablement incliné dans mon fauteuil, j’ai respiré quelques bouffées d’un gaz pour faire de beaux rêves. Bye-bye!

Pour les chambres près des douches et des toilettes, le réveil est directement actionné par l’intensité sonore du bruit de l’eau. Les maîtres s’autoréveillent. Avant de quitter mon confort douillet, j’ai planifié mon petit déjeuner :

Queue à la cafétéria

une seule option :

Obligatoire

Calories

j’ai hésité entre « Beaucoup » et « Pierrette sera contente, votre choix est excellent ». Mon casque a diffusé une bonne odeur de bacon, des relents de café et quelques effluves de sirop d’érable. C’est avec l’option :

Second plateau

que j’ai eu des problèmes. Manifestement, les concepteurs de l’interactivité ont oublié qu’un maître, ça mange gros. Finalement, j’ai essayé de taper « 2x » devant la case des calories et j’ai reçu, par intraveineuse, une seconde dose de petit déjeuner.

Il est temps de planifier la journée :

Atelier

Par curiosité, je vais aller naviguer un peu de ce côté-là. La liste des moniteurs avec photo et curriculum est disponible. Je sélectionne illico :

Léon

Nouveau choix :

Même atelier que l’an passé

ou bien

Même atelier qu’il y a deux ans

Je clique la première option. Nouveau choix :

Présent l’an passé

ou

Absent l’an passé

Je clique la première option. Une voix a résonné dans mes écouteurs : « Vous êtes bien le premier à vouloir suivre cet atelier une deuxième fois. Si une seule fois ne vous suffit pas, changez de sport ». Comme seule la curiosité guidait mon choix, j’ai décidé de m’en tenir à l’option :

Sans moniteur

Nouveau choix :

Avec neige

ou

Sans neige

Tout est prévu.

J’ai essayé

Niveau : comme Fred

mais il fallait faire une visite médicale avant de continuer. Alors je me pris :

Niveau : comme Gaétan

Mes cale‑pied se sont animés d’un mouvement de professionnel et j’ai évolué au milieu d’un paysage magnifique pendant toute la matinée. N’ayant pas choisi les options « Fatigue » et « Douleurs », une senteur de cafétéria m’a averti de l’épuisement des calories du déjeuner et de leur remplacement maintenant possible. Dans la programmation du repas, j’ai essayé d’inscrire « 3x » devant le nombre de calories, histoire de faire vraiment le plein. Un message d’alerte a aussitôt retenti : « XXX, c’est pour le soir, dans la chambre ». Il faudra que j’y pense. Côté calories, j’ai donc choisi le maximum possible et l’intraveineuse a fait le reste. C’était quand même plus agréable de choisir deux frites, deux portions de viande, encore deux frites et quatre desserts; on sait au moins ce qu’on mange.

Pour agrémenter mon repas, j’ai testé quelques sujets de conversation :

Conversation sur le matériel

La voix de Jacques (Fecteau) annonce que Rossignol, c’est ce qui se fait de mieux. Ensuite, la voix de Yan annonce que Fischer, c’est ce qui se fait de mieux. Et puis, on entend des bruits de bataille.

Conversation sérieuse

Pas encore disponible sur ce CD.

Conversation sur la saison dernière

Dialogue amusant entre un irréductible du ski gratuit sur piste tracée et un propriétaire de centre de ski.

Conversation sur la saison prochaine

Même dialogue, mais entre un propriétaire de centre de ski et un irréductible du ski gratuit sur piste tracée.

Conversation avec Fred

Uniquement sur les spiritueux.

Conversation avec une « nutritiologiste »

Le sujet est remarquable : pour ou contre le glycogène pour engraisser les bases de skis.

Conversation de bar

Vous êtes en avance, le social, c’est ce soir.

Conversation avec un farteur anonyme

Je m’attarde un peu parce que je n’ai pas assisté aux ateliers de fartage. Le narrateur présente les dernières nouvelles :

•     le four Toko fonctionne bien pour réchauffer les croissants, mais ne donne pas de bons résultats pour les Pop‑Tarts ;

•     le four conventionnel fonctionne bien pour décoller les pointes de bâtons, mais n’est pas adapté aux semelles de polyéthylène ;

•     tous les produits de cette année sont meilleurs que ceux de l’an passé ;

•     malgré le prix du pétrole qui grimpe, Swix et les autres augmentent leur prix ;

•     les différentes poudres fluorées pour aller vite, vite, vite ne sont pas encore détectées dans les « pipi tests ».

Conversation sur le fartage

70 voix parlent en même temps et expliquent toutes la meilleure façon de rentabiliser la poussette à 15 $.

J’en sais assez pour farter correctement cette année; je retourne sur les pistes. L’intraveineuse retirée, j’enfile mes adaptateurs de chaussure et mes pieds recommencent à bouger, mais alternativement cette fois. C’est le moment de mes intervalles. J’ai sélectionné :

Six fois trois minutes en zone 3, une minute de repos

Le premier intervalle est difficile parce que le rythme des pieds est diabolique. Le plus dur reste cependant l’approvi-sionnement en air qui diminue au fil des minutes. Je termine en apnée. Un gong sonne la fin du premier effort. Une demoiselle en bikini traverse la piste avec une pancarte portant le chiffre 2. Le gong sonne à nouveau et ça repart. Nouvelle asphyxie, nouveau gong, encore le bikini, mais avec le chiffre 3. Et ainsi de suite. Il manque juste les soigneurs. Pour terminer le sixième intervalle, j’ai dû actionner le bouton :

Respiration artificielle

Un souffle d’air frais dilate mes bronches… et je fonce à la douche. Malgré les différentes options, une seule est opérationnelle à cette heure‑là :

Douche fraîche

C’était mieux dans les vrais camps, on pouvait quitter la douche quand on voulait. Maintenant, il faut rester jusqu’à épuisement de la ration d’eau froide. Bon, un peu de repos. La lumière s’estompe et je somnole quelques minutes. Un timbre sonore prévient tout à coup qu’il faut programmer le souper sous peine de jeûne virtuel. C’est le même scénario qu’à midi, mais avec du « manger » de souper au lieu du « manger » de dîner.

Pour la conversation, un nouveau choix est disponible :

Brouhaha

C’est facile à gérer. On peut dire n’importe quoi, aucune réponse cohérente n’est diffusée. Tout ça me tient occupé jusqu’au Salon du skieur; un de mes moments préférés.

Sans hésiter, j’ai choisi :

Visite complète

Première table : l’ambiance est somptueuse. Sur fond jaune, les farts Toko défilent. Monsieur Toko en personne s’adresse à moi : « Nous sommes les meilleurs. La preuve… c’est écrit sur notre publicité. Le four a été amélioré et maintenant on peut faire cuire des pizzas sur le deuxième étage. »

Deuxième table : Fred avec une bouteille de vin. Oups! c’est un bogue. Fred avec un ski Fischer. « Par rapport à l’an passé, l’emballage des skis est de meilleure qualité et le logo de la compagnie est nettement plus visible. Skiez sur Labatt Fischer.

Troisième table : une série de cascadeurs dévale le mont Washington, skis à roulettes aux pieds. Nombreuses chutes, ambulances et hélicoptères s’en donnent à cœur joie. Gros plan sur le dessous d’un hélicoptère qui se pose. Quatre paires de V2 remplacent les patins. « Volez avec V2, vous volerez mieux ». Toute une présentation qui se termine sur un skieur qui se sauve en V2 avec le portefeuille du pilote.

Quatrième table : Monsieur Rossignol. J’ai déjà vu ce gars‑là quelque part, avec un tire‑bouchon à la main. Mais où… « Attention, nos skis, ce n’est pas n’importe quoi. On est les seuls à faire des Rossignol ». C’est cette honnêteté qui me fait choisir de skier sur Rossignol cette année. Lisez mon test de skis dans Allô skieur pour en savoir plus.

Cinquième table : Keskinada. La voix mélodieuse de Louise (mon organisatrice d’événements préférée) explique clairement comment s’inscrire et un petit film résume les grands moments de l’an passé. Ça commence par un skieur qui cherche désespérément une place dans le stationnement. La caméra le perd ensuite dans les toilettes bondées. On le retrouve sur la ligne de départ et quelques secondes plus tard, sous la ligne de départ, écrasé par les 1 275 participants qui ne l’ont pas vu tomber. Il se relève et on ne le voit plus, puisqu’il n’y a jamais de caméra sur le parcours. Par contre, à l’arrivée, notre héros s’écroule dans un style « Dahllesque » et reçoit une couverture, une médaille de participation et un lait vitaminé. Je l’ai rencontré le lendemain chez un « kiné ».

Pour la remise des prix de Bon maître 2000, on la possibilité de choisir son propre nom et d’accéder au podium où Michel (Bédard) remet un trophée. Si on ne veut pas de trophée, on peut passer directement au « party ». J’ai quand même programmé quelques noms d’amis pour avoir le plaisir de les féliciter et de les voir repartir avec un des merveilleux pris accordés dans ce CD aux Bons maîtres : 3 Mercedez, 2 bâtons de fart Toko ou une poignée de main de Pierre (Bernatchez). Je n’ai rien gagné et j’ai sélectionné au plus vite :

Party

sur mon écran. C’est parti.

Côté musique, mon choix est simple :

Rétro

C’est pour me rajeunir un peu.

Pour le buffet, des effluves de charcuterie et de fromage emplissent mon casque, vu mon choix « Charcuterie et fromage »

Bar

ça c’est le clou du spectacle. On peut choisir :

Ouvert

ou

Fermé

Je n’ai pas hésité. Dès que mes boissons ont été sélectionnées, des vapeurs d’alcool et une douce lassitude ont rendu mon équilibre précaire. Heureusement que j’ai souvent suivi le cours d’équilibre de Réjean (Charbonneau). Les verres se vident à un rythme que l’on peut choisir en sélectionnant sur l’écran un chiffre relié à un alcoomètre. J’ai pitonné :

2,8

Ça permet de boire sans se presser et sans risque de s’en souvenir le lendemain matin. Le seul inconvénient, c’est que l’option « Retour à la chambre » n’est pas disponible à partir de « 1,8 ». Ce n’est pas grave, on peut sélectionner « Couloir » ou « Douche » dans l’option « Dodo en catastrophe ».

Pour me dégourdir, entre deux verres, j’ai fixé mes souliers aux vibreurs et une pression sur le bouton :

Danse

me propulse dans un cha cha endiablé, mené par Martin (Massicotte). La sélection :

Tango

est encadrée par Michel (Bédard), mais après une minute en zone 5, j’ai été obligé d’annuler mes choix, trop essoufflé pour continuer… Et puis, il faut atteindre 2,8 avant le dodo.

J’oubliais de vous parler de mes choix pour :

Partenaires de libation

Tous les maîtres qui ont payé leur cotisation sont inscrits sur une liste ainsi que leur consommation moyenne. C’est avec Jacques (Fecteau), Gilbert (Rioux) et la gang d’Orford que j’ai décidé de partager mon éthylisme. L’ordinateur a paniqué et m’a avisé que mon choix étant périlleux, il ne garantissait plus la programmation. Alea jacta est, ce qui veut dire « Trop tard, choisissez mieux vos amis ». Eh bien! le programmeur avait raison. Le lendemain matin, je ne me souvenais de rien. Pas même des toilettes où j’ai passé la nuit. J’espère que ce n’était pas celles des femmes.

Un autre petit déjeuner et une autre sortie de ski plus tard, il faut penser à programmer le départ. Pour le rendre plus humain et surtout plus rapide, j’ai choisi :

En catimini

Ça permet de quitter les amis sans regret, sans pleurs et sans mal de tête.

Fini le Camp des maîtres. Le programme est terminé. Je suis dans mon salon, tout seul et bien triste. L’an prochain, je vends ce CD de M… et je vais à la vraie Forêt Montmorency. Au moins, je pourrai tous vous embrasser pour le vrai.

 

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