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Le Marathon canadien de ski

Le Marathon canadien de ski par Gilbert Rioux

Quand les forces de la nature rencontrent la nature humaine…

Certains d’entre vous se demandent peut-être ce qu’est au juste le Marathon canadien de ski de fond. Et bien, dans ces années modernes où tout un chacun cherche à se dépasser dans des épreuves d’endurance mélangeant ski, souliers de course, vélo pour franchir des kilomètres et des kilomètres, ou bien des descentes de rivières, l’ascension de parois rocheuses avant de se jeter gratuitement dans le vide avec un parachute, un parapente ou un élastique, le Marathon est un événement mal connu qui origine de l’âge des « dinosaures en bas de laine » et des skis de bois… Cet événement passe trop souvent inaperçu, principalement au Québec, dans ce nouveau monde de la performance enrobé de vêtements à la mode, de matériels Hi tech et de suppléments alimentaires. En effet, c’est en 1967 que quelques skieurs ont eu l’idée de relier Montréal à Ottawa. La première édition s’est skiée sur trois jours.

Encore aujourd’hui, malgré des pistes tracées mécaniquement (retombées positives du verglas de 1996), le Marathon canadien de ski peut être qualifié, selon la température et le niveau d’entraînement, soit de balade, d’épreuve ou d’expédition. Toutefois, le résultat est toujours le même : la satisfaction intérieure d’avoir déployé le maximum d’énergie pour tenter de compléter les plus ou moins 170 km de la plus longue épreuve de ski de fond au monde.

Chaque année est une nouvelle année. Et comme dit l’Unique Paul, « Y’en n’a pas une de facile ! ». Mais pour l’édition 2001, la nature a été pour le moins sournoise pour les quelque 2 000 participants inscrits. En effet, avec un Camp des maîtres sur la neige, un Noël tout blanc, un mois de janvier pas trop froid, une qualité de pistes exceptionnelle dans tous les centres de ski, même ceux en périphérie de Montréal, tels que Oka et Saint-Bruno, presque tous les irritants habituels étaient aplanis pour ceux qui s’entraînent, année après année, pour compléter la distance le sourire aux lèvres. Toutefois, le Marathon étant ce qu’il est, il a dû faire appel à dame nature pour compliquer la vie des skieurs et des organisateurs mettant ainsi la ténacité à rude épreuve. L’édition 2001 s’est caractérisée par des conditions que l’on n’avait jamais vues, entendues ou senties en 35 années d’existence.

Vendredi soir, le 9 février à la pizzeria du coin à Lachute, le moral flottait juste au niveau de la table, puisque la température voisinait les 5°C et la pluie tombait abondamment. À 4 heures, samedi matin, le thermomètre affichait 7°C et le vent soufflait très fort. Après un petit déjeuner silencieux, nous chargeons les voitures pour nous diriger au point de départ. Cinq heures, les rues de Lachute se sont données des allures de guerre civile. Des branches d’arbres obstruent les rues, les transformateurs d’Hydro-Québec explosent et créent des éclairs suivis de détonations. Malgré tout, nous nous dirigeons un peu comme des commandos ayant été investis d’une mission impossible. Nos cerveaux ne semblent plus capables d’analyser objectivement la réalité. Au centre sportif, des êtres de forme humaine déambulent avec des faisceaux lumineux qui émergent de leur front. Fred est déjà là, Monsieur Fischer, cellulaire d’une main et un tube de Klister universel dans l’autre, a le regard aussi hagard que nous. Il nous donne des informations de première main, mais sans conviction.

Nous sommes à la fois un peu surpris d’être là et sceptiques pour un départ éventuel dans de telles conditions. Les chaussures de ski aux pieds, le sac à dos sur les épaules, nous sommes prêts à partir envers et contre tout ce qui se déchaîne autour de nous. Denis, de Drummondville, un ami de plusieurs marathons, a un moment de lucidité et nous annonce qu’il n’a pas l’intention de prendre le départ. Ces mots sont perçus sans trop de réaction, comme si nous cherchions dans nos têtes à faire un choix entre un départ dans les prochaines minutes ou un retour au motel, en sachant que le premier scénario fera mal, très mal, en plus de nous exposer à des dangers objectifs plus que réels.

Une chance que l’organisation fait preuve d’intelligence et de discernement. Après quelques heures de réflexion, l’édition 2001 est modifiée. Il est proposé aux skieurs de relaxer jusqu’au lendemain matin. Les prévisions météorologiques laissent présager du soleil et une température légèrement inférieure au point de congélation. Les bénévoles vont mettre à dure épreuve les surfaceuses de Bombardier pour offrir des pistes de neige recyclées. Pour ceux qui sont préoccupés par la médaille ou le certificat, l’organisation confirme que chaque étape skiée équivaudra à deux afin de pouvoir respecter les exigences pour l’obtention des prix. Pour les participants de la catégorie « coureurs des bois médaille d’or » qui doivent coucher en camping pour obtenir leur médaille, il est convenu de conduire ces derniers, en fin d’après-midi, à l’aire de campement pour qu’ils dorment à la belle étoile respectant ainsi la symbolique de cette catégorie.

Le samedi après-midi, les Dieux se sont calmés permettant ainsi la réalisation de la deuxième partie du Marathon le dimanche. Les 80 km se sont skiés comme dans un rêve avec le soleil, de très belles conditions de pistes faciles à skier et des sourires sur tous les visages.

L’édition 2001 en sera une qui fera jaser, qui nourrira les conversations au même titre que la fois où Hervé s’est gelé les orteils, celle où Gérard a sorti, de nulle part, sa torche de fartage, ou la fois où André a fait la connaissance d’une grande rousse. Et oui, pour les habitués de cette merveilleuse épreuve, chaque édition a son histoire, année après année, nous nous remémorons les bons et les durs moments des marathons précédents.

En 2001, un vendredi soir, autour d’une table à la pizzeria du coin à Lachute, ce moment sera enrobé de pluie, de vent, d’indécision et surtout de détermination. Pour ce qui est de l’édition 2002, elle sera le prétexte pour créer des souvenirs qui nourriront l’imaginaire, les amitiés et nous motivera à skier kilomètre après kilomètre à la quête de l’inutile.

 

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