«

»

La mécanique des fluides en action au Tour du Mont Valin 2007

La mécanique des fluides en action au Tour du mont Valin 2007
Lire l’article en format pdf

© Photo (modifiée) de Sophie Tremblay 2007

La BBC et Radio-France Internationale viennent de l’annoncer: le Tour du mont Valin est raccourci. Une tempête venant de l’ouest ne va pas tarder à atteindre la région, une alerte météo est en vigueur.

Les vents violents, qui sont supposés souffler à partir de cette nuit, rendraient les conditions trop dangereuses, au sommet des monts, sur les plateaux. Les journalistes et les équipes de télévision ne pourront pas rejoindre les endroits stratégiques du parcours. Les hélicoptères seront dans l’impossibilité de suivre le peloton de tête. Les organisateurs ont donc décidé de réduire la distance et de faire parcourir deux boucles de 20 km (ou une, selon l’épreuve) aux participants.

Soulagé, je vais faire un gros dodo, après avoir refait une partie du Monde avec Bernard Carré. On partage la même chambre (comme souvent la veille du Tour du mont Valin) et on a plein de choses à se raconter.

Réveil 5h 30. Petit déjeuner au restaurant du Montagnais. Quelques skieurs s’y gavent de protéines, glucides et autres nutriments. Je salue rapidement les amis, je réserve le social pour après la course.

C’est André Gauvin qui aura la tache ingrate de nous conduire au site de la compétition où des vents extrêmement violents balayent le plateau de départ.

De nombreux compétiteurs s’affèrent aux préparatifs d’avant course:

  • faire la queue devant les toilettes intérieures;
  • faire la queue devant les toilettes extérieures;
  • respirer un grand coup après être allé aux toilettes (intérieures ou extérieures);
  • aller chercher le dossard;
  • épingler le dossard sur l’habit de ski (1);
  • enlever le dossard qu’on a épinglé sur la poitrine de l’habit de ski alors qu’il
    faut l’épingler sur la cuisse de l’habit de ski;
  • tester les skis;
  • pester contre le fartage;
  • chialer contre le raccourcissement de la course;
  • saluer Yan (2);
  • récupérer la puce qui assure le chronométrage (3);
  • vérifier si le trajet se fait dans le sens horaire ou antihoraire (comme me l’a assuré un compétiteur qui voulait certainement me faire disqualifier);
  • saluer les amis;
  • vérifier le menu du lunch;
  • placer correctement la tuque (4).

Départ blanc

Préoccupé par toutes ces contingences matérielles, j’en ai oublié l’heure du départ: dans dix minutes. J’ai juste le temps de refaire la queue devant les toilettes intérieures et de courir vers le plateau de départ. J’y trouve une petite place pour mes Rossignol, entre deux Fischer et deux autres Rossignol. Les trois paires se connaissent et vont profiter d’un délai de 5 minutes pour échanger quelques banalités.

« L’an prochain, notre couleur change » – « Nous, on nous rajoute du carbone » – « Moi, je vais avoir une nouvelle fixation » – « Et moi, je me fais stonegrinder cet été ». La frivolité de ces bavardages détend l’atmosphère chez les skis. Chez les skieurs, c’est l’atmosphère au complet qui se détend. Les bourrasques de neige rendent la visibilité nulle. Les vents sont de plus en plus forts et leur rugissement devient inquiétant. La banderole jaune qui clôture la ligne de départ vient de tomber. On ne va pas tarder à démarrer.

C’est parti! Dans la cohue, j’essaye de ne pas me faire briser un bâton, malgré les spatules qui me poussent dans le derrière. Mon cerveau n’est plus assez oxygéné, mes muscles pompent tout l’oxygène que je synthétise. Dans ces conditions, tout raisonnement devient impossible. Dommage… Si j’avais été en mesure de réfléchir, j’aurais abandonné tout de suite. C’est mon instinct de survie qui prend la relève. C’est lui qui va gérer la course.

Quasiment perdu dans le blizzard

Les coups de vent sont assez violents pour me projeter à plusieurs reprises sur le bord de la piste5. Visibilité nulle. Je me demande qui est avec moi (si il y a encore des skieurs autour de moi). Je ralentis un peu, de peur de me planter dans un autre skieur ou dans un orignal égaré. À l’abri des arbres, le vent est moins fort et j’arrive à entrevoir quelques silhouettes. Je dois être sur la bonne piste. Il y a tout de même un côté positif à ne rien voir: je ne discerne pas les montées qui s’en viennent. C’est niaiseux ce que je viens d’écrire. Je ne discerne pas les montées mais je ne discerne pas les descentes. Et c’est pas rassurant du tout.

Une portion de la boucle (qu’on skie deux fois) est à double sens. Je viens de le réaliser en voyant Steve apparaître face à moi. Il est sur le chemin du retour. Impressionnant! On a rarement l’occasion de voir nos vedettes à l’oeuvre. Ça avance, ces machines-là. Quelques minutes plus tard, le premier peloton me croise. Je me tasse pour les saluer (et souffler un peu).

Le premier ravitaillement est en vue (façon de parler: on ne voit rien). Je renverse une boisson chaude sur mon dossard et je fais demi-tour pour retourner vers le plateau de départ.

Avec toute la verve et la gestuelle qu’on lui connait, Paul Junique raconte son épopée du Tour du mont Valin 2007.

Une longue série de croisements, avec les skieurs qui s’en viennent, commence. Les skieurs de classique sont aussi de la partie. Salut Gaétan, André, Martin et bien d’autres. Vous avez du courage! Sans piste, le classique doit être plutôt difficile.

Dans les descentes, le danger est omniprésent. C’est pas large, on ne voit quasiment rien et il y a des skieurs dans les deux sens. Une tête d’épinette cassée par le vent barre le passage juste avant l’arrivée. Je l’évite de justesse! Branches et brindilles recouvrent la piste par milliers. C’est vraiment pas beau.

Par miracle, je termine la première boucle. Il va falloir un second miracle, pour la seconde boucle.

Deuxième plonge

Impossible de discuter avec mon groupe de skieurs, le vent couvre le bruit de nos voix. Chacun prend son relais, poliment, en s’excusant de ne pas aller plus vite.

Ce qui fait l’affaire de tout le groupe. On ne profite pas du paysage. On a maintenant rattrapé les retardataires du premier tour (et ceux des autres épreuves). La piste est achalandée. Dépassements et croisements deviennent hasardeux.

La fatigue se fait sentir. Je perd de mon assurance et mon style devient de plus en plus erratique. Au croisement avec le groupe de tête, je réalise que l’écart ne s’est pas tellement creusé. C’est rassurant.

N’ayant rien vu au second tour, je n’ai rien à dire de plus qu’au premier tour. C’est juste plus long, plus stressant, plus pénible et moins amusant. Au poste de ravitaillement je renverse à nouveau la boisson chaude sur le dossard (comme au premier tour). La couleur n’est pas la même, c’est plus joli.

Dans le faux plat descendant (2 ou 3 km avant l’arrivée), le vent de face m’immobilise quasiment.

Je m’offre un petit sprint dans le dernier kilomètre, histoire de faire bonne impression. Oups!!! J’espère qu’on ne me filme pas, je viens de me casser la gueule. Mes skis ont croisé ceux du skieur que j’essaye de dépasser. Cette chute va me coûter deux places.

C’est l’arrivée: triomphale, comme il se doit. Champagne, interview, photos, Kleenex, félicitations. Vite à l’abri. J’ai hâte de me changer, de refaire la queue devant les toilettes (intérieures ou extérieures) et d’aller prendre une bière(s).

Malgré la difficulté de l’épreuve, tout c’est bien déroulé. Pas de dégâts, pas de casse, pas de bobo. La saison se termine bien.

Le temps de mettre du linge sec, de grignoter une barre Granola, de ranger les skis et en route vers le banquet.

« Bye, les Maîtres, à l’an prochain »

Les météorologues nous prédisent une saison 2007-2008 extraordinaire, qui s’étalera de mi janvier à début février. Le calendrier des Maîtres sera comprimé et on aura le choix de cinq courses par fin de semaine (6). ??

  1. Chercheurs: inventez vite un dossard autocollant. On n’arrive jamais à placarder
    horizontalement le maudit dossard (très inesthétique sur les photos).
  2. Je jure que je n’ai pas « défarté » avant le départ.
  3. De plus en plus d’organisateurs de courses font appel à des entreprises spécialisées dans le chronométrage électronique. Une puce est fixée à la cheville du skieur et le tour est joué. Seul point négatif à mon goût: avant un départ, on ne peut plus faire d’aller retour en franchisant la ligne de départ. Les puces activeraient le chronomètre. C’est dommage, ça permettait de saluer les spectateurs et d’avoir pour quelques secondes tous les skieurs derrière soi (il faut bien rêver…).
  4. Vous vous êtes déjà admiré sur une photo, la tuque de travers???
  5. Je suppose que je suis sur la piste. Je n’y voit rien.
  6. Suite aux deux courses de pratique de cette saison (Défi Boréal et Tour du mont Valin), les organisateurs espèrent insérer une course de hors-piste dans la
    programmation de l’an prochain.

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié.

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>