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Pour se dégourdir les skis cet hiver – Défi Boréal


Pour se dégourdir les skis cet hiver…
par Paul Junique, Verdun

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La neige n’est pas tout à fait arrivée et vous vous demandez quand vous rembarquerez sur vos planches pour relever un autre défi. En attendant, pourquoi ne pas rêver à vos exploits de la saison 2009? Les deux textes qui suivent vous mettront le fartage aux skis (ou l’eau à la bouche) en vous présentant deux épreuves relaxantes et amusantes, à la portée de tous (toutes).

Défi Boréal (100 km patin)

La fébrilité me gagne, le Défi Boréal approche.

Comme tous les ans, les organisateurs ont choisi une fin de semaine magnifique. Le trajet Montréal-Forestville, sous un ciel bleu éclatant, est un véritable plaisir. Les vues sur le fleuve sont à couper le souffle. J’ai voyagé avec Micheline. Elle s’est inscrite au 27 km patin (il faut assurer la relève).

Pour le lunch du midi, on s’est offert un arrêt au Massif. L’ambiance de la cafétéria me change de celle des chalets de ski de fond. Des centaines de skieurs à la démarche bizarre (ça ne se peut pas qu’ils aient tous des hémorroïdes) piétinent le plancher de bois avec leurs bottes de ski. Le brouhaha est infernal.

On a quand même profité de la vue, qui est saisissante. Un petit tour de traversier pour se dégourdir les jambes et on repart pour les derniers kilomètres. Ce sont Lise, Pierre et Bernard qui nous ont accueillis à l’Écono Lodge(1). J’y retrouve les amis et le buffet (toujours aussi invitant) avec plaisir.

Au sortir de la douche je vais retirer mon dossard (le numéro 120). C’est un bon numéro, que je connais bien et avec lequel j’ai des chances de performer. Rencontre avec les officiels, les bénévoles et quelques autres participants. L’organisation est impeccable et les préposés plein d’attention. Pour me faire pratiquer la retraite (en juin) les organisateurs m’ont vieilli d’un an sur la liste des participants. Merci.

Je prends le temps de saluer quelques connaissances et d’embrasser d’adorables visages (Ginette, tu sais que je parle de toi) avant d’aller souper avec Lise, Micheline, Pierre, Bernard, Carbone (pour le moment, son vrai nom est un secret, de même que le type de vélo qu’il vient de s’offrir), Mario et Frédéric.

Je ne le dirai jamais assez, le buffet à lui seul vaut le déplacement. Je me suis d’ailleurs déplacé quatre fois pour le dessert (à chaque coup: trois morceaux de gâteau au chocolat, nappés d’un coulis de framboise digne de mention). On a réussi à parler de rien pendant vingt minutes.

Repu j’ai pris quelques minutes pour une partie de Lego avec Micheline, avant la réunion d’information. Les participants du 100 km sont tous là.

  • Départ 7h. Si la température est inférieure à -18 °C, on part une heure plus tard.
  • Il y aura 42 motoneigistes (2) pour assurer notre protection. Allez donc trouver un autre course aussi bien organisée.
  • À partir du cinquième ravitaillement, des Power Gel seront disponibles. Une bonne initiative. J’ai jamais goûté à ça. Demain je me paye la traite.
  • Autre preuve du souci des organisateurs de nous accommoder au maximum: on peut envoyer du linge de rechange au poste de ravitaillement du 50e km.

Dring Dring!!! Le réveil m’annonce qu’il est 5h10. Brossage de dents et réchauffement sur le chemin du petit déjeuner (café et trois bols de gruau). Il faut se faire un fond pour aborder correctement la journée.

Les organisateurs ont commandé à Météomédia une météo clémente. Le thermomètre fleurte avec les -15 °C. On partira donc à l’heure prévue, ce qui me laisse le temps de tester mes skis, sous l’oeil admiratif des 42 motoneigistes. J’aurai le plaisir de rencontrer certains d’entre vousle long du parcours. Aimables et souriants vous n’avez pas ménagé vos encouragements. On vous doit tous un grand merci et un peu de notre fierté d’avoir complété l’épreuve. Pour se lancer dans une telle aventure, il ne faut pas avoir froid aux yeux (sauf Mario qui s’est gelé un oeil). Le plateau de départ est toujours situé à quelques mètres du motel. On y accède en se brossant les dents ou en terminant sa tasse de café. Serge Robert, un vieux routier du Marathon Canadien de Ski, m’entretient de ses réflexions philosophiques de dernière minute:

  • « Au Marathon on se lève à 4h00, ici on se lève à 5h00. »
  • « Au Marathon on dort dehors, ici le lit est à une minute. »
  • « Au Marathon on se lève à -32 C, ici la température est de -15°C »
  • « Au Marathon on part pour 160 km, ici on part pour 100km. »
  • « Au Marathon on peut revenir en autobus scolaire, ici c’est en motoneige avec chauffeur particulier. »

Quelle aptitude au bonheur!!

C’est le départ

À 7h, vu qu’il est exactement 7h et pour ne pas avoir à nous décongeler au micro-ondes, les organisateurs actionnent la corne du départ. Un gros merci à la foule massée le long des 100 premiers m pour avoir réchauffé mon coeur.

Comme tous les ans, un groupe de cinq skieurs, mené par Pierre Lavoie, me distance rapidement. Ok, ce sont des jeunes et en plus j’ai pas forcé pour profiter plus longtemps de l’odeur du MacDo situé au premier km.

Pour ma part, j’ai six skieurs collés aux fesses. Je suis le plus vieux du groupe; par politesse, ils n’osent pas me dépasser. Ou alors ils ont lu mon article concernant la célèbre phrase de Rénald Brière(3).

J’ai encore assez de tonus pour grimper facilement les premières côtes tout en conservant un style acceptable. Par chance, le photographe de l’événement se place en début de parcours. Les organisateurs pensent vraiment à tout. Ils ont placé quelques branches sur la piste pour obliger les skieurs à rester concentrés sur leurs skis et pour en structurer gratuitement les semelles. Je regrette une fois encore de ne pas avoir plus de temps pour admirer le paysage(4).

Mon groupe reste soudé de kilomètre en kilomètre, malgré les postes de ravitaillement. On s’y arrête quelques secondes pour un jus, un Gatorade, un carré aux dates(5) ou des glossettes. Les bénévoles ne lésinent pas sur les encouragements. Aimables et efficaces, ils nous gavent de friandises avant de nous souhaiter bonne chance pour le reste de la course. Merci encore!

Au fil des kilomètres, je m’encourage personnellement: « Il reste encore un Gatineau Loppet à skier », « Encore deux Tuque rouge et on arrive ».

Puis la mi-parcours

Les kilomètres s’égrainent lentement. Le groupe restera uni jusqu’au kilomètre 55. On commencera ensuite à perdre des skieurs. J’aurai le plaisir de rattraper et doubler un skieur du premier peloton. Au cinquième ravitaillement, un des skieurs de mon escorte part en échappée. Je ne le rejoindrai pas. Bravo! Bel effort! Tu mérites ta place.

Au passage; il paraît qu’on est dans le coin des baleines. C’est bizarre, je n’en ai pas vu une seule. Il doit faire trop froid. Pour épater le groupe, j’ai fait deux fois pipi en skiant. Je pratique à temps perdu, sur le Mont Royal. Au début, je beurrais mes skis mais avec le temps, j’arrive à faire ça proprement.

Je commence à faiblir, je n’arrive plus à rire (faut dire que le vent glacial n’aide pas à plisser les lèvres). Pour rendre le Défi encore plus défi, les organisateurs ont commandé de la neige à Météomédia. C’est une boîte sérieuse qui honore ses contrats, et vers 11h, ça commence à tomber. Ça ne lâchera pas jusqu’au soir. La piste disparaît peu à peu. Heureusement que je connais mes “Rossignol” par coeur parce que j’ai de plus en plus de misère à les retrouver sous la neige.

Dès le cinquième ravitaillement, les bénévoles nous offrent des Power Gel. J’avais jamais essayé et comme ils n’ont pas de grosse Molson tablette, je décide de compenser par un gel énergisant. Un coup de dents dans l’emballage et j’en ai plein les gants pour cinq kilomètres. Je ne sais pas si ça nourri, mais ça colle. L’emballage est resté deux minutes dans mes dragonnes, une minute sur ma cuisse et une autre minute sous mon ski gauche. Ça doit être du bon manger mou, « Ça colle au ventre ».

La fin approche

Mes neurones ont décidé de se mettre en grève et ont déconnecté mon cerveau. Une chance: je n’ai plus aucune notion, de douleur, de fatigue, de découragement. Je me souviens pourtant de la devise de Al Capone: « J’ai mal, ils ont mal. » C’est rassurant. Les autres skieurs doivent eux aussi connaître cet état second dans lequel les merveilleux fluides chimiques qui irriguent nos cellules prennent la relève. J’en perds la notion de temps. Je ne compte plus les kilomètres. J’attends l’arrivée en rêvant à une douche, au prochain Gatorade, aux copains qui suivent, (en fait il ne reste que Stéphane Deshaies), au prochain ravitaillement et aux bénévoles qui seront en mesure de m’encourager. Merci encore les filles, les gars. Vous ne réalisez pas à quel point vous êtes « responsables » de notre persévérance.

Nouveauté cette année: l’organisation offre aux participants (tous de vieilles peaux) un service de dermabrasion(6), sous les lignes de l’Hydro.

De bourrasque de vent en blizzard, de poudrerie en engelures, je viens d’atteindre le terrain d’aviation. Il reste 3 km. Je me redresse, je revisualise le cours de « One Skate 101 » (pour paraître à mon avantage). Stéphane et moi skierons le dernier kilomètre main dans la main. C’est un gentleman; il n’osait pas me doubler. Bravo. J’ai été honoré de partager sept heures de vie avec toi. On passe la ligne ensemble. On l’a bien méritée. Cette année, ce sont les sourires et les becs de Micheline qui m’ont accueilli. Un autre beau moment. La BBC, Radio France Internationale et CJMS Country sont là pour recueillir mes impressions.

J’ai dû les décevoir, mes lèvres n’ont pas été capables d’articuler quoi que ce soit. Mes félicitations pour l’idée géniale d’annoncer aux spectateurs la position exacte des skieurs aux différents postes de ravitaillement. Fan clubs et groupies peuvent ainsi suivre facilement la progression de leurs idoles.

Deux engelures sur les joues et une au menton. Le bilan est respectable.

Un petit tour sous la tente chauffée. Hot dog (un délice) et bouillon de ??? (je ne sais pas comment il est fait mais si il y en a l’an prochain, je m’inscris tout de suite). Un autre beau moment, au milieu des sourires et des félicitations. C’est vous qui méritez des félicitations pour votre accueil et votre gentillesse. Bernard Carré a failli terminer sa carrière de maître sur la ligne d’arrivée. Arythmie, asthénie, hypothermie, hypoglycémie, hyponatrémie: il n’a pas lésiné sur les ennuis. En voilà un qui sait profiter des services ambulanciers. Allongé sous la tente, réchauffé par une belle couverture, il a froid « dans » les doigts. Ça va mal.

C’est vraiment à l’arrivée qu’on profite du site. Une minute et hop, je suis sous la douche(7). Je ne me souviens pas trop clairement de la suite, le coma sans doute. Mais je vais vous raconter l’apéritif et le banquet. Comme par les années passées, c’est au complexe Guy Ouellet que bénévoles, commanditaires, officiels et participants se regroupent. Avant même d’enlever mon manteau, j’ai un verre de vin dans une main et une bière dans l’autre. Sur un écran géant qui diffuse les photos de la journée, je réussis à me voir à l’oeuvre (grâce à mon style olympien et ma tuque abominable). La photo doit paraître dans Sports Illustrated de mars.

Serge est déjà attablé, on s’installe à ses côtés. La salle se remplit tranquillement. J’ai le plaisir de rencontrer la Marchande de Sable, une artiste remarquable qui a fait pas mal d’heures supplémentaires pour créer des médailles et des trophées exceptionnels. Quel beau personnage. Lise, Micheline, Pierre, Bernard, Mario, Frédéric, William et Alain (les deux représentant du Nouveau Brunswick) partageons la même table. On est chanceux, on sera servi en premier. Le souper est excellent (j’ai encore fait du millage pour aller chercher quatre desserts et deux cafés(8)).

Micheline est toute excitée, les résultats viennent d’être affichés. Pour sa première course, elle remporte une médaille de bronze chez les… (on ne donne pas l’âge des dames, délicatesse oblige). Je vais vite jeter un coup d’oeil sur les listes. Deux charmantes personnes m’ont prêté leurs lunettes pour que j’aie accès à mon temps. J’ai une médaille. Youppi! Je vais faire honneur à la Marchande de Sable(9).

Belle cérémonie des médailles. Je n’ai pas parlé des autres courses (7, 14, 27 et 54 km). Skieurs, je ne vous oublie pas. Votre participation est essentielle, elle contribue au succès de l’événement. Bravo aux jeunes, ça fait plaisir de vous voir sur les podiums et vous méritez les ovations. Mais j’ai quand même un petit faible pour le 100 km et ses participants.

C’est Pierre Lavoie qui est rentré premier. Un bel athlète ce bonhomme et quel beau costume. Marc Bouffard est second. Mes félicitations: ta persévérance et ton sérieux dans l’entraînement ont payé. Renée Hamel est la première femme. La belle jeune fille a remporté le 100 km. En prime, son amoureux a gagné le trophée du 27 km. Ce sera la couple le plus médaillé de la fin de semaine.

Mes respects à Ralph Hendrix: il vient de Californie pour le Défi. C’est un véritable héro.

On a été sage. Quelques bières pour évacuer le stress d’aprèscourse et on s’est séparé. La soirée a dû se prolonger avec l’orchestre et la danse mais le 100 km a eu raison de mon potentiel énergétique. J’ai laissé le trop-plein de calories sur la piste. Si vous en retrouvez, servez vous.

Retour au motel et dodo.

J’ai oublié de saluer un paquet d’amis: Alain Plante, Alain Caron, Yvon Morel, Rejean et Gervais Lévesque, Stéphan Martel, et bien entendu LES ORGANISATEURS. Je m’en excuse et je répare tout de suite. Amitiés à tous, à l’an prochain.

Au fait le 100 km de Forestville est le plus long des 100 km puisqu’il fait 103 km. La dessus, personne ne pourra chialer.

– – – – – – –

(1) Un gros merci aux organisateurs.
(2) Il y en a un qui a fait une demi-heure de surtemps devant ma porte, au beau milieu de la nuit. C’était pas nécessaire, je sais que vous travaillez fort.
(3) « Quand on suit une crack comme ça, on ne double pas ».
(4) J’ai quand même demandé aux suiveux, à plusieurs reprises, d’admirer les parois rocheuses et la luminosité.
(5) Si c’est vrai que les dates constipent, je ne vais plus à la toilette pour un mois.
(6) Sablage délicat de la peau pour un rajeunissement instantané.
(7) Mea culpa pour ceux qui ont eu de l’eau tiède. C’est de ma faute. J’ai dit au gérant que j’allais faire mon cool down sous la douche: il a coupé l’eau chaude, pensant me rendre service.
(8) Un grand merci à la gentille dame qui m’a proposé un doigt d’amarreto dans le second café.
(9) J’avais peur de ne pas être sur le podium et de ne pas ramener une de ses créations.

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