Javais pensé à un autre titre : À bout de souffle. Malheureusement, Louis Malle la déjà utilisé pour un de ses films. Alors on garde lancien. Comme ça, je nai quà rajouter tome 2, tome 3, etc. pour les années à venir.
Et oui, me revoilà, plume en main, pour vous conter la cinquième édition, ou du moins les quelques souvenirs que le manque doxygène na pas éliminés de mon cerveau.
Tout comme lan passé, ça commence dans le stationnement. Jai eu le souffle coupé par le panorama et par la richesse des couleurs que les organisateurs ont déployées sur les pentes du Mont-Sainte-Anne. De quoi rendre jaloux un vendeur de SICO. Le premier choc passé, je suis allé minscrire. Ils sont tous là, ou presque, les maîtres skieurs : ma famille de lhiver. Ça fait chaud au cur de les retrouver après la séparation de lété. De poignées de main en accolades, de sourires [oui, Robert Giguère est là] en gros becs [il y a des maîtres skieuses], jai pu atteindre une pile de dossards. On ma donné le 162. Mon entraînement commence à payer, jai amélioré mon numéro. Lan passé javais le 183.
Délaissant le " social ", je pars maérer et trottiner un peu. Quelques petits étirements pour commencer, quelques petits sprints et quelques petites montées : voilà cest fait. En chemin, jai entendu un " Bip Bip " suivi dun nuage de poussière. Jocelyn [Vézina] venait de passer.
Dans vingt minutes le départ. Vite un petit verre deau, ça permettra de jaser encore un peu avant le coup de feu.
Fort de mon expérience de lannée dernière, je prends un air de "duathloniste" professionnel pour donner des conseils par-ci par-là et pour observer les concurrents. Buddy [Couture] a encore rajeuni et si sa coupe de cheveux améliore son temps, moi aussi je me " stone grinde " le crâne.
Nous revoilà tous rassemblés sur la ligne de départ. Cest Christiane [Caya] qui nous souhaite la bienvenue, un pistolet à la main. Elle sait parler aux sportifs. Cest également elle qui annonce que la course fait toujours 6,4 km. Quelle déception pour moi qui croyait que lérosion avait grignoté quelques mètres au parcours de lan passé. Résigné, je me concentre sur mon chronomètre.
Pan ! Personne de blessé, je pars. Cette année, je suis préparé. Jai pratiqué la course sans respiration, pour éviter les problèmes de souffle. Ça marche... 10 secondes. Concentré sur mes lacets de souliers, javale les kilomètres à un rythme cardiaque denfer. Les semelles qui courent devant moi ont lair en forme et grimpent sans aucune récupération.
" Ne va pas si vite, tu vas te fatiguer ". Ça cest ma mère qui mencourage sur le bord du chemin. Ce nest pas la seule, le spectre de Fred "mon gourou" Fortier est là lui aussi. " Cest pas une promenade, accélère. Tes même pas à la moitié et le plus dur reste à faire. Si tu continues comme ça, tu vas rater le lunch ". Quelle qualité dans la stimulation. Si mes pulsations nétaient pas déjà au maximum, jaurais accéléré. Carole aussi est sur la piste. Elle marche tranquillement à mes côtés en discutant. Cest elle qui mannonce que je nai pas rattrapé Stéphane [mon ancien coach Barrette], que Pierre [Bernatchez] est déjà arrivé, en gondole, et que le coureur du motel Les Berges vient de réaliser un temps fantastique. Jaimerais bien lui parler, mais je conserve mon énergie pour rester debout.
Jai tout de même atteint la ligne darrivée avant de meffondrer. Jai dailleurs sprinté le dernier mètre pour épater les spectateurs.
Dans la gondole, en descendant, je me suis assis dans le mauvais sens : jai rien vu. Pas grave, je discute avec un chien. Je lai aperçu au départ. Il navait pas de dossard, mais au bout de sa laisse il y avait un " duathloniste ". Et bien, ils sont tous les deux arrivés avant moi...
Le duathlon cest un triathlon. Tout le monde oublie lépreuve du midi. Il faut se déshabiller, se rhabiller, manger, préparer le vélo, retourner se réchauffer et se représenter au départ. Christiane est toujours là, armée et prête à nous renvoyer au sommet. Du coin de lil, jobserve Marie-Thérèse [Laramée]. Cest une " pro ". Je vais mettre le même braquet quelle. Tiens ! le chien est là. Il doit faire la course en équipe. Je me suis placé sur la dernière ligne. Mes résultats lamentables en vélo ne me donnent pas le culot de me présenter avec les premiers. Et puis, au fond du peloton, on a moins de chances de se faire dépasser et plus de chances de doubler les autres. Ça stimule. Surtout que la concurrence est forte. Jai aperçu Gaston [Leblanc]. Il a délaissé sa vinification automnale pour se délier un peu les mollets.
Pan ! Cest parti. Je mouline comme un débile pour rester en équilibre. Jai pas le bon braquet, mais mieux vaut être prudent. Personne ne me double vu que je suis parti dans les derniers. Je me paye même le luxe de dépasser, à droite et toujours joliment, quelques essoufflés. Ça grimpe encore plus que ce matin. Peut-être quà marée haute le Mont-Sainte-Anne sélève lui aussi. Il faudra que je me renseigne. Sur le bord du chemin, il y a des "encourageurs", et devinez qui est là, spécialement pour moi. Et oui, le spectre de Fred "mon gourou" Fortier. " Les gondoles, ça ferme à 6 heures. Tu vas être obligé de redescendre en vélo. Tes juste 30 minutes derrière les premiers et 15 secondes devant le dernier. Lâche pas ". Et hop ! il disparaît, me laissant seul avec mon dérailleur, mais réconforté par ma position.
Jai atteint le sommet avant la noirceur et je suis redescendu encore assis du mauvais côté. Ça serait une bonne idée dorganiser la course, en descente, en gondole. Jaurais une chance...
Ça y est, cest terminé. Les bras de Carole mattendent. Bye-bye tout le monde, on retourne à Montréal.
Pas avant la remise des médailles, bien sûr. Et puis, il faut remercier les bénévoles, les organisateurs, les massothérapeutes [parlez-en à Sylvie Berthiaume], les participants et la météo... et Michel [Bédard] parce quil est en train de préparer le Camp des maîtres, avec une équipe fantastique. Mais ça, cest mon prochain article...
P.-S. : Jai amélioré mon temps. Si ça continue, je battrai le "record à battre" dans... 12 ans.
Novembre 1995