Forêt Montmorency, 22 h 10, tout le monde descend. La route a été agréable, surtout au Mcdonalds de Drummondville. Jai une collection de spéciaux " deux pour un " et jai pris une petit souper santé avant les efforts qui mattendent.
Fidèles au poste, Michel [Bédard] et André [Filion] sont à laccueil, malgré lheure tardive. Jaurai le plaisir de mentretenir avec eux en terminant ma boîte de " Munchkins ". Tout va bien, la neige est au rendez-vous, les maîtres aussi. Le chandail officiel du camp est très beau, mais les tuques ne sont pas arrivées. Mis au courant de ces dernières nouvelles, je vais décharger lauto, et au dodo.
Cette année, ma chambre est mieux placée: un ronfleur à droite, un ronfleur à gauche; je ne serai pas dérangé par le bruit des douches-tôt. En fait, personne na dérangé mon sommeil, jai pas dormi.
" -23 °C ". Cest la première phrase que jai entendue venant dun maître téméraire qui est allé voir le thermomètre extérieur. Brrr!! Pas question de sortir de mon sac de couchage. Je vais faire un peu dimagerie mentale pour visualiser mon entraînement, ce sera moins froid.
Jai finalement quitté mon nid pour aller prendre des forces à la cafétéria et faire mes civilités aux amis.
Lentrée à la cafétéria, cest le meilleur moment du camp. On sarrête, on observe les participants et le miracle annuel se produit : on tombe dans lhiver, la saison de ski commence et la famille est retrouvée.
Salut tout le monde, moi aussi je viens skier, et Carole également. On est content de vous rencontrer.
Quelques poignées de main, quelques salutations et je me prépare une réserve de calories : trois ufs, une assiette de bacon, une portion domelette, deux bols de céréales, quelques toasts, une banane, deux muffins, un jus dorange et un café [sans sucre et sans crème, cest meilleur pour la santé].
Je suis prêt, mais je nose toujours pas regarder le mercure qui flirte toujours avec les -20 °C. Je vais sonder quelques maîtres farteurs pour connaître les secrets du fartage du jour.
9 heures. Me voilà sur les pistes, avec quelques autres braves, affrontant le froid cinglant. La piste a été tracée et recouverte de papier sablé. Ma glisse est lamentable. Aucune importance, je transforme ma séance dintervalles en séance de musculation. Ça va durer jusquà midi.
Jai rencontré peu de monde, la plupart des skieurs assistent studieusement aux différents ateliers. Latelier de offset, par Alfred [Fortier], mérite quelques lignes.
Alfred, cest le Mozart du offset, le Einstein du déphasé, le Boticelli du décalé. Les superlatifs me manquent pour situer le personnage. Personne ne légale dans la province. Ça fait quinze ans quil fait du offset. Cest la personne-ressource dès quon parle de trois points dappui. Les Norvégiens le contactent pour améliorer la technique de Daelhi, les Italiens le consultent pour corriger les défauts de Di Centa et Gaston lui téléphone pour bonifier son vin. Je nai pas assisté à latelier, le Docteur es offset ma refusé, car je nai pas les prérequis nécessaires; mais jai déjà réservé une place pour la session de rattrapage, cet été.
Midi. À la soupe. Un petit étirement et je fonce à la cafétéria. Les menus ont été élaborés par Pierrette, ma "nutritiologue" préférée. Les ayant découverts dans LÉcho des maîtres, jai déjà préparé mes repas. 400 g de glucides, 400 g de protéines et 200 g de lipides; le tout équivalent à 20 000 kilojoules. Avec tout ça sur mon plateau, jai longuement salué Pierrette pour lui laisser le temps dévaluer mon repas et pour lui montrer que le cours de Bio 314 est encore frais dans ma mémoire.
Jai englouti tout ça entre quelques discussions et quelques retrouvailles sympathiques après un long été de séparation. Et je suis retourné skier, pour digérer et pour compléter le sablage de mes semelles.
Au retour, jai pris une douche froide : je voulais laisser leau chaude à ceux qui skiaient encore.
Au souper, jai sélectionné le menu sans gras. Jai compensé par sept ou huit desserts. Et puis il me faut recharger mes batteries, je vais assister à latelier de "fartage avancé".
Cette année, monsieur Toko nest pas là, il est au Salon international du fartage. Il présente les derniers produits Toko :
la salle de fartage Toko;
le sac à poubelles Toko, adapté aux restes de farts et aux poussières Toko.
La salle est bondée, Stéphane [mon ancien coach Barrette] est retranché derrière un banc de fartage, quelques brosses et son fer à repasser. La séance est animée et jai appris beaucoup de choses :
2. il y a toujours un skieur qui aimerait savoir comment faire si après avoir mis du klister rose sur du klister vert, le tout sur une base de Shola, il doit étendre une couche de fart de poussée orange à recouvrir par une cire bleue, tout ça 30 secondes avant le départ dune course, sous une neige humide et à -2 °C;
3. le fartage est en pleine évolution; les fabricants rajoutent du fluor et augmentent les prix;
4. latelier nest pas encore disponible sur vidéo;
5. le prix du ski farté a augmenté de quelques dollars;
6. " fartage avancé " ça veut dire fartage de lan passé, mais avec la pochette avancée de plusieurs centimètres.
Voilà. Enrichi de toutes ces connaissances, je me suis couché à 8 heures et jai rêvé que Carole fartait mes skis.
" -27 °C ". Ça cest le réveil du samedi matin. Jen tremble jusquà la cafétéria. Je vais doubler ma réserve énergétique avec une montagne de crêpes. Tiens! il y a un nouveau futur maître : le bébé de Yves [Groulx]. Avec les conversations qui lentourent, il dira Toko ou Swix avant papa ou maman.
Et cest reparti, au ralenti, sur le papier sablé de la veille, dont la rugosité a été améliorée par quelques degrés en moins. Jai skié avec Sylvain [Gilbert] et Michel [Labrie]. On a rencontré un ours, sorti de sa tanière pour admirer notre technique, et Sarto [Chouinard] qui étrennait sa belle veste de lAssociation des maîtres.
À midi, on est rentré pour se reposer et pour raconter nos exploits. Sur le chemin du retour, jai rencontré un groupe de maîtres qui se livraient au trafic de chandails verts. Ce sont des modèles rares que les collectionneurs sarrachent. Jai remarqué aussi une file impressionnante de maîtres à masser : les ateliers commencent à se faire sentir sur les muscles des athlètes.
Après avoir mangé, jai skié jusquà usure complète de ma base. Voilà, les skis sont défartés et propres, je peux aller me reposer. Jai encore laissé leau chaude pour les retardataires et jai jasé avec Léon qui revenait de son atelier d'équilibre. C'était plein. Les maîtres sont allés pratiquer, ils en auront besoin à la dégustation prévue ce soir.
Avant le souper, en testant le vin dAlfred, jai compris doù venait sa maîtrise du offset. À force de goûter à sa production, il a développé un sens extraordinaire de léquilibre, une dextérité remarquable pour aller chercher un troisième point dappui [pour ne pas tomber]. Et naturellement, le principe étant identique au offset, Fred est devenu le pape du déphasé. Dailleurs au souper, jai observé plusieurs maîtres qui arrivaient en offset, une bouteille à la main.
Jai refait un résumé du Guide alimentaire canadien dans mon assiette et jai écouté les amis raconter leur journée, parler des futurs entraînements, analyser les chutes de neige, critiquer leurs fartages, prévoir le temps et vanter les qualités dun bon massage.
Ensuite, jai visité le Salon du ski. Cest toujours aussi intéressant. Les skis sont tous là, on peut les comparer sans avoir à se déplacer dans plusieurs boutiques. Jai rencontré tous les représentants. Voici mes conclusions, basées sur leurs commentaires :
Toutes les compagnies proposent la cambrure la mieux adaptée à votre style, à votre taille et à votre poids.
Toutes les compagnies ont les skis qui ont gagné la Coupe du monde.
Toutes les compagnies offrent le meilleur rapport qualité-prix.
Remise des médailles du Championnat provincial des maîtres 1995. Sous les ovations de la foule, les récipiendaires défilent devant Michel [Bédard] et regagnent leur place, médaille au cou. Suivra la dégustation, orchestrée par Gaston.
Cette année, le Château Stoneham a une robe limpide, aux reflets vieux roses. Son bouquet ample annonce un vin élégant dont larôme fruité rappelle la cerise dont il fut tiré. Puissant en bouche, le Château Stoneham 95 est de constitution solide. On devine un vin étoffé et charnu qui manque cependant dun peu de souplesse. Mais Gaston sest promis dy remédier pour la cuvée 1996.
De verres en verres, les discussions saniment, les visages séclaircissent et le plat de peanuts diminue.
Jai rejoint mon lit en offset.
" 42 cm de neige ". Ça cest le réveil du dimanche. Jai vite déjeuné pour aller au milieu des pistes le plus rapidement possible; on na pas loccasion de voir tant de neige en ville. Je voulais aussi essayer les skis de Skate Kharu ronds sur le dessus, que le représentant ma prêtés.
Je pensais impressionner les maîtres avec mes skis futuristes en carbone, mais avec la neige qui traîne sur la piste on ne les voit pas et je passe inaperçu. Dommage...
Latelier de offset a marqué le monde du ski. Le chauffeur du traceur la suivi et a ensuite adapté son traçage à cette merveilleuse technique. Cest tout nouveau comme style de piste : la partie droite est deux pieds plus haut que la partie gauche, comme ça on est obligé de skié déphasé. Le problème, cest quavec ces facilités, on na plus besoin de cours de offset et Fortier va se retrouver au chômage.
Il faut rentrer, la fin du camp approche. La douche, la cafétéria, le déneigement de lauto, le rangement du matériel, les becs à Carole, les bye-bye à tout le monde, le moteur qui tourne. Cest fini. Vous me manquez déjà. À la prochaine.
P.-S.: Le cours de offset est enfin disponible sur Internet.Février 1996