Difficile de trouver de bonnes nouvelles dans un article sur un thème pareil. Car il faut bien ladmettre, les fonctions physiologiques (et donc la performance physique et sportive) se détériorent inexorablement dès lâge denviron 25 ou 30 ans.
Oh, bien sûr, on connaît tous un Benoît Roy, un Buddy Couture, un Rolland Michaud, un Jean-Yves Babin ou un Douglas Wren quon peut citer en exemple pour braver le destin et affirmer que " Vieillir ? Ya rien là, rgarde lui et elle À 50, 60 ou 70 piges y plantent des ptits jeunes ". Mais, si on ne se laisse pas trop distraire par les prouesses de ces valeureux sur qui les années ne semblent pas avoir plus deffet que la pluie sur le dos dun canard, il faut bien admettre que, règle générale, la performance tend à diminuer avec lâge.
Mais à quel taux?
Cest justement la question à laquelle se sont attaqués deux chercheurs de Nantes, en France. Ils ont (notamment) étudié les performances des 606 coureurs qui ont participé à la fameuse course de ski de fond " La Transjurassienne " de 1997 (écourtée à 55 km cette année-là, sur piste plutôt rapide).
La figure suivante illustre comment évolue la meilleure performance selon lâge dans cette course. Si on ne considère que les records pour les âges compris entre 30 et 70 ans, on peut assez bien décrire leffet du vieillissement sur la performance à laide dune ligne droite. Cest par contre à laide dune courbe que lon décrit le mieux lévolution des records pour lensemble des âges, de 20 à 90 ans. Le sommet de cette courbe correspond à un âge de 30 ans. Par la suite, la performance tend à diminuer et le taux de détérioration de la performance dune année à lautre est de plus en plus marqué au fur et à mesure quon vieillit.
Le patron dévolution de la meilleure performance en fonction de lâge est à peu près le même pour cette épreuve de ski de fond que pour le Marathon de Paris, une autre des épreuves étudiées dans cette recherche. Si on se fie sur ces données pour apprécier leffet de lâge sur la performance dans ce genre dépreuves, on peut conclure que :
2. La vitesse moyenne maintenue lors dune compétition de 55 km diminue de 10 % par décennie (soit une augmentation de 18 % du temps de performance).
À laide des conclusions de cette étude, jai généré une table d'équivalence des performances pour une course de 55 km, selon la catégorie dâge. Comme lindique ce tableau, une performance de 5:03:00 pour un skieur de la catégorie 60-70 ans équivaut à des performances de 3:04:13, 3:20:10, et 4:02:36 pour des skieurs des catégories 30-40 ans, 40-50 ans et 50-60 ans, respectivement.

Temps de performance équivalents pour
une course de 55 km en style libre,
selon la catégorie dâge
30-40 |
40-50 |
50-60 |
60-70 |
2:36:36 |
2:50:08 |
3:15:36 |
3:58:53 |
2:44:50 |
2:59:10 |
3:29:25 |
4:17:36 |
2:54:00 |
3:09:02 |
3:45:00 |
4:38:49 |
3:04:13 |
3:20:10 |
4:02:36 |
5:03:00 |
3:15:44 |
3:32:40 |
4:22:40 |
5:30:46 |
3:28:47 |
3:46:51 |
4:45:42 |
6:02:52 |
3:43:42 |
4:03:03 |
5:12:22 |
6:40:20 |
4:00:54 |
4:21:45 |
5:43:31 |
7:24:29 |
4:21:00 |
4:43:34 |
6:20:19 |
8:17:04 |
4:44:43 |
5:09:21 |
7:04:19 |
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Il est évident que sans leur entraînement régulier et intensif, les aînés participant aux grandes épreuves de ski de fond (cest-à-dire à peu près tous les membres de lAMSFQ) ne pourraient avoir une condition physique aussi extraordinaire. En fait, il faut concevoir leffet du vieillissement et leffet de lentraînement comme deux forces qui luttent lune contre lautre. La personne âgée de plus de 30 ans qui sentraîne régulièrement et assidûment ne vieillit pas moins que la personne sédentaire (ou que celle qui sentraîne moins), mais les effets du vieillissement sur ses fonctions physiologiques se manifesteront de façon moins prononcée.
Ainsi, le jeune adulte qui sentraîne beaucoup et sans interruption verra sa performance augmenter pendant un plus grand nombre dannées et celle-ci diminuera de façon moins prononcée par la suite, comparativement aux gens du même âge qui sont moins assidus. La mauvaise surprise, vous lavez peut-être déjà remarqué, cest quand on doit stopper lentraînement pour une période assez longue (à cause dune blessure par exemple). Cest souvent dans ce genre de situation que leffet du vieillissement " nous rattrape ". Toutefois, lorsquon reprend lentraînement après une interruption, le principe de lopposition entre les effets, dune part, de lentraînement et, dautre part, du vieillissement sapplique : avec un entraînement bien structuré et régulier, on reprend vite la forme et on atténue les effets du vieillissement.
En conclusion, il faut admettre quaprès 30 ans, le processus de vieillissement fait son uvre diabolique sur nos fonctions physiologiques. Par contre, plus on sentraîne (et mieux on sentraîne), plus on retarde la manifestation des effets (inéluctables) du vieillissement1.
Tout ça pour dire que vous les Benoît, Buddy, Rolland, Jean-Yves et autres Douglas, on vous admire !
Référence :
Gionet, J. et S. Louvet, Lévolution de la performance sportive avec lâge, Médecine du sport, 72(3) : 106-115, 1998.
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1 Je lavais bien dit quil était difficile dannoncer de bonnes nouvelles dans un article sur le vieillissement !
Novembre 1998