Sous la rubrique " Entraînement " de LÉcho des maîtres, jai abordé tour à tour à peu près tous les aspects physiologiques de la préparation physique en ski de fond qui mapparaissent pertinents pour les skieurs soucieux daméliorer leur performance : les déterminants de la performance, les principes dentraînement, la programmation de lentraînement, le potentiel damélioration, les effets du décalage horaire et de laltitude et laffûtage. Par contre, les questions que me posent les membres de lAMSFQ mamènent à penser que le sujet le plus épineux est lorganisation des séances d'entraînement intermittent. Plutôt que de chercher la " recette miracle ", il vaut mieux comprendre le lien dynamique qui existe entre les composantes dun entraînement intermittent et se composer soi-même des séances qui répondent à nos besoins et qui ont le plus de chances doptimiser notre performance. Voici donc, sous la forme de questions-réponses, un éclairage sur ce thème [mais que cela ne vous empêche pas de soulever dautres questions sur lentraînement !]
Une séance dentraînement intermittent comprend, dans le corps de la séance cest-à-dire après léchauffement et avant le retour au calme des périodes à intensité plus élevée entrecoupées de périodes à intensité moins élevée. On utilise également lexpression " entraînement par intervalles " [en anglais " interval training "] pour désigner lentraînement intermittent, bien que pour certains, lentraînement par intervalles nest quune forme spécifique dentraînement intermittent qui seffectue précisément aux intensités auxquelles devraient seffectuer la compétition pour laquelle on se prépare [on dit aussi " entraînement de rythme ", " entraînement de tempo "; en anglais " pace training "].
Le patron dalternance entre les fractions deffort à intensité plus ou moins élevée peut être dicté : ? par lenvironnement [p. ex. : les montées, les descentes, mais aussi la direction du vent];1 ? par votre fantaisie cest ce quon appelle le fartlek [mot suédois qui veut dire " jeu de vitesse "] ; ? par un plan conçu spécifiquement pour provoquer une adaptation physiologique souhaitée.
Un programme dentraînement comprenant des séances intermittentes a plus de chances de contribuer à lamélioration de la performance quun programme qui nen comprend pas, tout simplement parce que seul lentraînement intermittent permet daccomplir un volume dentraînement suffisamment élevé aux intensités les plus susceptibles daméliorer les déterminants de la performance dans les épreuves prolongées, cest-à-dire le VO2max, lendurance et la capacité anaérobie2. Par exemple, une séance dentraînement dans la zone dintensité cible la plus susceptible daméliorer le VO2max, cest-à-dire de 95 à 105 % VO2max, aura facilement un volume total de plus de 10 min si lentraînement est de type intermittent, alors que le volume total dun entraînement continu effectué dans cette zone dintensité pourra difficilement atteindre 3 ou 4 minutes. En fait, même les athlètes les plus motivés narrivent pas à maintenir de façon continue une intensité dépassant 80 % VO2max pendant plus de quelques minutes3. Or, les intensités qui contribuent le plus efficacement à lamélioration et à lentretien des principaux déterminants de la performance en ski de fond sont dans la zone se situant entre 80 et 110 % VO2max.
Pour concevoir chaque entraînement intermittent, il faut trouver un agencement des composantes de la séance congru avec lobjectif visé. On trouve cet agencement en respectant certaines normes [voir à ce sujet mon article intitulé " Quelques outils pour construire vous-même votre programme dentraînement ", paru dans le no III de LÉcho des maîtres, saison 1994-1995] et en gardant bien présent à lesprit que tout changement dans lune ou lautre des composantes saccompagne automatiquement dun ajustement [volontaire ou non] des autres composantes. Il faut dabord choisir lintensité des fractions à intensité plus élevée [selon le déterminant de la performance quon veut développer]. Il faut ensuite décider si la séance mettant laccent sur la quantité [nombre " maximal " de répétitions élevé, quitte à réduire la durée des fractions à intensité plus élevée] ou sur la qualité [grande durée ou distance des fractions deffort, quitte à réduire le nombre total de répétitions]. Finalement, il faut fixer le niveau de difficulté de la séance [qui est le pourcentage du nombre " maximal " de répétitions qui seront effectuées].
NON ! De légères altérations dune des composantes dune séance dentraînement intermittent auront toujours tendance à saccompagner dajustements sensibles des autres composantes de la séance mais, règle générale, ses effets ne devraient pas trop être affectés. Dailleurs, en appliquant les principes de lentraînement moderne pour un cas particulier, divers spécialistes pourront concevoir toute une gamme de séances fort différentes les unes des autres, mais leurs conséquences sur le plan de lamélioration et de lentretien des déterminants de la performance peuvent fort bien être identiques.
Les athlètes qui pensent me faire plaisir en me racontant quils ont appliqué dans les moindres détails un quelconque plan de séance dentraînement, que jaurai décrit quelque part, se trompent. Ce qui me fait plaisir cest quand je discute avec des athlètes [et des entraîneurs] qui se sont forgé des programmes dentraînement et des plans de séances dentraînement qui respectent les principes dentraînement et qui sont originaux et personnalisés.
Si, par exemple, on vous a recommandé de faire deux séries de dix fois une minute à haute intensité avec deux minutes à faible intensité entre les répétitions et cinq minutes de repos inactif entre les séries pour développer votre VO2max, rien ne vous empêche [peut-être pour vous adapter à une contrainte de parcours ou pour respecter vos fantaisies ou celles de votre partenaire] de faire des fractions deffort de 50 secondes et des périodes de récupération inactive [p. ex. : redescendre la butte que vous venez de franchir] dune minute et demie. Il ny a pas de raison de croire que le résultat au plan de la performance sera moins bon.
Non, ce nest pas nécessaire. Voici pourquoi.
La Figure 1 ci-après qui illustre ce que jappelle le lien dynamique entre les composantes dune séance dentraînement intermittent jette un éclairage sur les règles de prescription de lentraînement. Elle présente [sur lordonnée, cest-à-dire laxe vertical] le nombre " maximal " de répétitions pour des fractions deffort de 30 secondes à 7 minutes [axe horizontal] à différentes intensités [85, 90, 95, 100, 105 et 110 % VO2max]. Par exemple, on peut faire au plus 8 fois une minute deffort à 110 % VO2max, alors quon peut faire 10 et 14 fractions deffort de cette durée à 105 et 100 % VO2max respectivement. Cette façon de " lire " cette figure consiste à trouver le nombre de répétitions à partir de la durée des fractions deffort et de lintensité.
Figure 1. Lien dynamique entre les composantes d'une séance d'entraînement intermittent. Si l'on connaît deux des trois composantes de la séance [la durée des fractions d'effort, le nombre de répétitions et l'intensité], on peut trouver la troisième. Les séances mettant l'accent sur la quantité sont celles dont le nombre de répétitions " maximal " est très élevé [= 20]. Inversement, celles mettant l'accent sur la qualité comportent un petit nombre de répétitions [= 10]. Pour une intensité donnée, les séances en " quantité " et en " qualité " ont des durées de fractions d'effort qui sont respectivement courtes et longues.
Figure 1 (Format Adobe Acrobat Reader)
En ski de fond [une activité de type aérobie au cours de laquelle il nest pas facile, contrairement à la course à pied4 didentifier précisément lintensité dexercice], on aura plutôt tendance à " lire " cette figure autrement. Elle permet en effet didentifier à quelle intensité sera effectuée une séance dont on connaît la durée des fractions deffort et le nombre " maximal " de répétitions que lathlète peut faire. Par exemple, une séance de 14 fractions deffort de 90 secondes se fera normalement à une intensité de 95 % VO2max, à moins, bien sûr, que lathlète ne se soit pas " poussé " [dans ce cas, il aurait peut-être pu faire un peu plus de répétitions à lintensité quil a adopté spontanément sil avait été motivé comme on sy serait attendu, mais cette intensité nest sans doute pas sous les 90 % VO2max] ou à moins quil ait été extrêmement motivé [même dans ce cas, il est peu probable que lintensité adoptée spontanément atteigne 100 % VO2max]. Dans tous les cas, lestimation de lintensité dentraînement que lon fait à partir du nombre de répétitions et de la durée des fractions deffort devrait être suffisamment précise pour quon soit en mesure de déterminer lequel des déterminants de la performance sera le plus sollicité [la capacité anaérobie, le VO2max ou lendurance].
Autant que lon veut ! Lidée généralement répandue voulant que lon ne peut faire plus dune ou deux séances dentraînement intermittent par semaine tient au fait que plusieurs croient quune sortie est automatiquement difficile si elle est de type intermittent. Or, cest faux ! Une séance peut comporter des fractions à plus haute intensité sans toutefois être difficile, à condition bien sûr que les composantes de la séance soient ajustées en conséquence.
On peut donc faire autant de séances de type intermittent que lon veut. Limportant cest de respecter le principe dalternance : il faut intercaler des séances dentraînement faciles [de type intermittent ou continu] entre les séances dentraînement difficiles et entre les compétitions.
Conclusion
Je suis davis que tout athlète soucieux de bien tirer profit de ses séances dentraînement doit apprendre :
2. à effectuer ces séances de type intermittent en dosant leur niveau de difficulté;
3. à " jouer " avec les composantes des séances dentraînement afin dêtre cohérent avec les principes dentraînement, ses besoins, ses objectifs, sa disponibilité, son intérêt, les caractéristiques des sites dentraînement, etc., sans toutefois simposer une rigueur superflue.
1 En ski de fond, comme dans toute autre activité se pratiquant souvent sur des parcours vallonnés et exposés au vent, les séances dentraînement que lon voudrait qualifier de " continu " sont généralement de type intermittent puisque les aléas du parcours dictent lintensité, quon le veuille ou non. On peut donc dire quil ny a pas de skieurs de fond qui ne font que des entraînements de type continu.
2 Dans la plupart des activités prolongées [p. ex. : course de fond], pour optimiser le développement dun autre déterminant important de la performance, soit lefficacité du style, il faut sentraîner aux intensités auxquelles on prévoit effectuer les compétitions pour lesquelles on se prépare. Ce principe sapplique également en ski de fond, mais il faut souligner que des séances de ski de fond à faible vitesse [et donc à faible intensité] peuvent également contribuer au développement de léquilibre et de lefficacité du style, ce qui nest pas le cas pour dautres activités comme le cyclisme et la course à pied.
3 Lintensité moyenne à laquelle on effectue une séance dentraînement qui se veut de type continu et dont la durée est comprise entre 15 min et 4 heures se situe généralement entre 55 % VO2max [si on ne se pousse pas trop] et 75 % VO2max [si on est très motivé]. Aux intensités dentraînement supérieures à 70 % VO2max, leffort perçu [et donc la motivation nécessaire] devient très grand si la séance se fait de façon continue, mais les bénéfices ne sont pas beaucoup plus importants.
4 En effet, la course à pied sur le plat sans vent saccompagne dune consommation doxygène [VO2] qui est facile à estimer et qui correspond à environ la vitesse de course [en km/h] multipliée par 3,5. Ainsi, un coureur dont le VO2max est de 70 ml/kg/min et qui coure à 15 km/h [4:00 min:s/km] ou à 22 km/h [16,36s/100 m] sexerce à, respectivement, 75 et 110 % VO2max. Son VO2 atteint son VO2max à 20 km/h [70 ÷ 3,5 = 20].
Janvier 1996