En janvier dernier avait lieu lINTERSKI 1995, comme à tous les quatre ans. Cet INTERSKI est une rencontre internationale de moniteurs de ski alpin, de ski de fond et de télémark. Les moniteurs ont alors lopportunité de présenter leurs techniques nationales, leurs méthodes denseignement et de les comparer avec celles des autres pays. Les pays qui y ont pris part étaient lAustralie, la République Tchèque, la Finlande, lItalie, la Norvège, les États-Unis, la Suisse, lEspagne et le Canada.
Cette rencontre nest pas une compétition, car les véritables gagnants sont ceux qui glanent le plus dinformations possible sur les autres pays. Le pays hôte, le Japon, accueillera les prochains Jeux olympiques en 1998; le biathlon se déroulera à Nozawa Onsen sur une piste construite cette année.
Léquipe canadienne des moniteurs de ski de fond, dont je faisais partie, était composée de dix moniteurs de Terre-Neuve à Vancouver, tous membres de lAssociation canadienne des moniteurs de ski nordique [CANSI]. Après une courte rencontre à Vancouver, chacun dentre nous sest vu assigner un des domaines présentés, soit le style classique, le pas de patineur ou le télémark.
Deux volets composaient les démonstrations. Le premier était une série de huit séquences dune minute chacune qui pouvaient relever du spectacle. Nous avons pu apprécier, entre autres, lhabileté des Norvégiens et des Finlandais qui ont une aisance fantastique avec les skis : ils pouvaient skier à reculons, exécuter sauts, croisements de skis, pirouettes, culbutes et jen passe, tout ça avec des éclats de rire et un plaisir à skier très communicatif. Les démonstrations de léquipe canadienne se sont déroulées au rythme des musiques de la série télévisée " Scoop ". Notre première séquence présentait un exercice dapprentissage au pas de patineur : nous avons simulé une partie de hockey avec petit ballon, chandail de hockey et arbitre qui démarrait le jeu. Cette démonstration a beaucoup impressionné spectateurs et journalistes qui connaissent peu notre sport national. Cela nous a valu un article ainsi quune photo dans le journal japonais du lendemain. Nos autres démonstrations étaient divisées entre le style classique [exercices dapprentissage du pas alternatif, double poussée, un pas double poussée, montées et descentes], le pas de patineur [avec ses différentes techniques sur le plat et en montée] et le télémark [progression de la base jusquau niveau avancé].
Notre deuxième journée de démonstration était orientée vers les comparaisons techniques à partir des exemples de pas présentés par trois skieurs de chaque pays. Ces séquences ont toutes été prises sur bande vidéo, ce qui nous permettra, au retour, de poursuivre lanalyse et les comparaisons. Suite à cette étude, nous pourrons confirmer ou modifier nos approches et diffuser ces connaissances aux autres moniteurs partout au Canada. Durant ce séjour, nous avons quand même constaté que les techniques canadiennes sont bonnes même si nous remettons régulièrement nos habiletés en question. Cest ainsi que les futurs élèves des écoles de ski de fond apprendront plus facilement les différentes techniques et retireront encore plus de plaisirs à skier.
Les ateliers denseignement faisaient aussi partie de notre implication à lINTERSKI. Pendant un après-midi, nous étions prêts à enseigner à des groupes de skieurs japonais du niveau intermédiaire jusquau niveau de léquipe nationale du Japon. Pour se faire comprendre, les gestuels ont servi et chaque groupe avait les services dun interprète anglais-japonais. Quoi de plus international pour les félicitations ou les encouragements que les applaudissements, les signes de tête, le pouce en lair et lair entendu! Expérience très sympathique et enrichissante ! À la fin de la leçon, les Japonais nous ont offert de petits présents pour nous remercier [épinglettes, porte-clés, baguettes pour manger, etc.].
Les deux derniers jours, nous étions libres : suivre dautres démonstrations [ski alpin, planches à neige], essayer les pistes de ski de fond ou de ski alpin [télémark], visiter le village de Nozawa Onsen ou participer aux activités culturelles régionales [comme travailler losier, monter des arrangements floraux, écrire un mot en japonais, etc.].
Nous profitions des soirées bien organisées et bien remplies : soirée de bienvenue, soirée des démonstrateurs, fête du village de Nozawa Onsen et soirée de fermeture où les gens séchangent chandails, manteaux, chapeaux, uniformes, etc.
Que dire maintenant de la culture japonaise. Le peuple japonais est très poli, serviable, attentif, posé, réservé. Ils apprennent à ne pas laisser paraître leurs émotions, mais après quelques jours de fraternisation, on pouvait percevoir leur gaieté et leur goût de communiquer avec les étrangers. Dès notre arrivée au Japon, dans lautobus qui nous menait à Nozawa, on nous a présenté un vidéo nous renseignant sur le mode de vie traditionnel du village hôte. On enlève donc ses souliers ou ses bottes en entrant dans une maison ou un hôtel pour chausser des sandales quon enlève ensuite pour circuler dans nos chambres et dans la salle à manger. On dort sur des futons disposés sur le sol et on mange à une table basse [sauf pour les étrangers pour qui on installe tables et chaises]. Dans les chambres, il ny a pas de chaises, ce sont des coussins sur lesquels on sagenouille près dune table basse et il y a toujours tout ce quil faut pour faire du thé vert [thermos deau chaude, sachets de thé, théière, tasse]. Ce thé vert est aussi disponible partout gratuitement, même au centre de ski dans des machines distributrices.
Quest-ce quon y mange? Beaucoup de légumes, poissons et fruits de mer, nouilles, riz et de petites quantités de viandes rouges. Les repas sont présentés dans plusieurs petits bols ou assiettes [six ou sept] dans lesquels il y a différents plats que lon mange dans lordre que lon veut et, bien sûr, avec les baguettes ! Il y a très peu de desserts si ce nest des fruits; même aux différentes réceptions il ny en avait aucun. Par contre, leurs saines habitudes alimentaires sont amoindries par la cigarette quils fument abondamment.
Le village de Nozawa Onsen est un village de skieurs situé dans le creux dune vallée et, pour accéder au centre de ski situé plus haut, on peut utiliser, aux extrémités du village, soit un remonte-pente ou un immense tapis roulant recouvert dune bulle de verre dune longueur denviron un kilomètre. La température en janvier se situe autour de -6 °C au sommet des montagnes et de 0 °C au village, dans la vallée. Il neige abondamment en cette période de lannée [un mètre lors de nos deux derniers jours].
On ne peut quitter Nozawa Onsen sans parler des sources deau chaude. Ce village est alimenté de sources souterraines deau très chaude quils utilisent à plusieurs fins. Dabord pour se détendre dans les treize grands bains publics dispersés dans le village. Ces bains sont gratuits et toujours ouverts. On sy rend, on enlève ses vêtements, on se lave assis sur un petit banc avec une petite douche et ensuite on peut entrer dans un grand bassin denviron 70 centimètres de profondeur et sy prélasser le temps quon veut en jasant avec dautres personnes [du même sexe !]. Ces bains sont très populaires dans le village et les Japonais peuvent en fréquenter plusieurs dans une soirée. Dans les hôtels et les auberges, ces bains sont privés, réservés aux employés et clients. Leau chaude circule aussi le long de certaines rues du village et dans des bassins extérieurs. Elle est recueillie pour cuire des ufs, du blé dinde, etc. et est également vendue dans les marchés publics. Cette eau est finalement très utile pour le déneigement. Eh oui! on a quà pousser la neige dans les rigoles deau chaude et le tour est joué.
Après lINTERSKI, nous sommes revenus par le train rapide vers Tokyo pour deux jours. Quelques minutes après le départ, plus de neige et une température denviron 12 °C. Arrivés à Tokyo, nous tentons rapidement de prendre le pouls de cette ville : réseau de métro et de train impressionnant, rues commerciales avec dimmenses néons publicitaires, sympathique quartier de petits commerces et restaurants colorés, coût de vie très élevé, grands jardins, temples anciens, etc. Nous constatons que Tokyo est une mégalopole à lorientale. Voilà! le rêve se termine; nous voici rendus à laéroport...
Mai 1995