Une petite secousse, un gros bruit, quelques vibrations, le vol British Airways pour Venise vient datterrir.
Vous vous demandez peut-être ce que je fais à Venise ? Rassurez-vous, je ne vais pas suivre le cours de gondole 101. Je vais participer au Championnat du monde de ski de fond des maîtres. Et comme ça se passe dans le nord de lItalie, Venise est laéroport le plus proche du site des compétitions. " Quel chanceux ! " Attendez de lire la suite, vous serez peut-être content dêtre resté au Québec, dans la neige et le froid. Et puis, vous avez pu participer au Loppet Mont-Sainte-Anne. Moi non.
Carole est du voyage, on ne se quitte pas. Par contre, René Dufour [qui lui aussi participe] et Andrée, sa femme, ont raté lavion et on na aucune idée de leur date darrivée.
Premiers pas sur le sol italien. Tout a lair normal. Par pour longtemps...
Mon matériel de fartage sest égaré dans le voyage. Personne ne sait quand il arrivera, mais ça prendra deux heures et beaucoup de papiers pour quon me le dise [avec le sourire]. Pas grave, gardons le moral et passons la douane.
Pour la location de lauto, ça a été beaucoup plus rapide. Aucune trace de notre réservation. Il a fallu recommencer les formalités, le choix du véhicule etc. Encore une heure de palabres. On avait réservé un support à skis. Aucun nest disponible. De toute façon, lagent de location ne croit pas quon puisse mettre six paires de skis sur le toit du véhicule. Sil savait que René en a huit autres paires à rajouter, il refuserait de louer son auto. On a finalement eu une Fiat, juste assez grande pour quon y entre sans maigrir, et juste assez longue pour que les skis ne passent pas au travers du pare-brise.
En route vers Folgaria. Je devrais dire " en vol ", parce que sur les routes italiennes, on ne roule pas, on vole. Même les camions volent à 140. Ça ne prend pas longtemps pour se déplacer, mais ça stresse un peu... surtout quand on ne voit rien à droite à cause des skis et rien à gauche à cause des bâtons.
On sest perdu, mais pas longtemps; la région nest pas bien grande. Les routes sont belles et lasphalte impeccable. Heureusement, parce que dans les treize derniers kilomètres [183 virages et un dénivelé de 14 %], huit autos mont doublé entre un précipice et une falaise. On a atterri à Folgaria dans la soirée.
À lhôtel, aucune réservation à nos noms ni à ceux de René et Andrée. On commence à avoir lhabitude. Après une heure de discussion, la préposée trouve une réservation au nom de " René ". On saute sur loccasion. Bonne surprise. Au lieu du " deux chambres - cuisine - salon " réservé, on obtient un " une chambre - cuisine - pas de salon ". Je reste optimiste. Pas pour longtemps... Il ny a pas de literie, il fallait lapporter. Et puis, on ne peut pas payer avec une carte, et puis il faut laisser 250 $ en dépôt. Quelle belle journée ! On a fait quelques achats au village, un bon souper et un beau dodo.
Samedi
Le moral est bon, le café aussi. Pas de message de René, on en profite pour aller chercher les dossards et les listes de départ au centre dinformations. Nouvelle surprise. Ma trousse de coureur reste introuvable et personne ne sait quoi faire. Peut-être quà lInformation touristique... peut-être que les officiels... peut-être que demain... En tout cas, revenez cet après-midi, on verra... Rassuré de voir que personne ne sinquiète, on part pour Passo Coe, le site des compétitions.
Cest un plateau, en altitude [1 600 m], bien dégagé et parfaitement préparé pour les courses. Les pistes sont magnifiquement tracées et balisées. Et... surprise, il y a de la neige. Cest la première fois quon en voit depuis notre arrivée. Elle est tombée en décembre et depuis, plus rien. Voilà pourquoi toutes les vallées sont en plein printemps.
Il y a une boucle de dix kilomètres et une de cinq. En tournant plusieurs fois on fera le quinze, le trente et le cinquante kilomètres des différentes épreuves. Cest plutôt vallonné : petites montées, courtes descentes, aucune récupération. Techniquement, ce nest pas difficile, mais physiquement, ça va être éprouvant. Jai skié 15 km en observant les concurrents. Ça roule et ça roule vite, très vite même. Moi jai skié en français, mais les autres skient en allemand, en russe, en anglais, en italien; ça dépend de leur loi 101.
De retour au village, toujours pas de message de René. Normal, puisque la réception de lhôtel nest ouverte que de 9 heures à midi et de 15 heures à 19 heures. Dailleurs, le pays au complet a les mêmes heures douverture. Il va falloir shabituer.
Vers 15 heures, des amis, qui sont dans un hôtel extraordinaire, puisquon y reçoit les messages entre midi et 15 heures, nous préviennent que René et Andrée ont enfin atterri en sol italien et quils arriveront en train. Jirai les chercher ce soir. Ça a pris juste deux heures pour avoir lhoraire du train; lordinateur de lInformation touristique est un peu surchargé en ce moment.
Un peu de repos avant la parade et la cérémonie douverture. Jen profite pour vous donner quelques informations :
Laprès-midi, à 13 heures, ce sont les courses de patin qui prennent la relève.
Dans ma catégorie [M4], on est environ 140, moitié en classique, moitié en patin.
La délégation canadienne compte environ 40 skieuses [skieurs].
Le Québec fait belle figure avec quatre ou cinq participantes [participants].
Je ne connais pas grand monde, si ce nest Kathy et Rob Vellend, Claudia et Dick Van Dike, Suzelle et Peter Donitz. On se rencontrera souvent pendant notre séjour.
Stop ! Cest la cérémonie douverture.
La rue principale est pleine. Le cortège commence par deux chevaux qui tirent une charrette avec des officiels. Suit un orchestre en costume traditionnel [style bavarois]. Viennent ensuite les déléga-tions, derrière leurs drapeaux. Tout le monde applaudit, faut dire que le village au complet sest déplacé. Sur la place de la Mairie, les discours commencent. Jen profite pour donner mon drapeau à une petite fille et pour foncer vers la gare pour récupérer Andrée et René : 13 km de vira-ges à lallée, 13 km au retour; jai le mal de mer.
Enfin réunis, on est prêt à affronter lEurope. Surprise, René a trouvé mes coffres de fartage à laéroport et les a pris avec ses bagages personnels. Personne na rien dit.
Fartage. Dodo.
Dimanche
Jai conduit René à Passo Coe de bonne heure. Cest impressionnant un départ de Championnat du monde. Les coureurs font marquer leurs skis et rejoignent leur place de départ sur une des vingt traces aménagées. Tout ça en silence. Un silence lourd, inquiétant, pesant. Une voix italienne égrène les minutes et pan ! Ça part. Tout explose en même temps : la double-poussée, les cris de la foule, les caméras, les vidéos... Et puis une autre vague fait marquer les skis et ça recommence.
Pour me relaxer, je suis retourné au village manger un peu, calmer mon stress et flatter mes skis.
Vers 11 heures, je suis prêt à tester ma glisse. Pas mal. Je nai rien à envier aux autres coureurs. Mais la température monte dangereusement. René a eu des problèmes de fartage. Cest 8 °C, et on nest pas habitué à gommer les skis pour de telles températures.
Ça y est, cest mon tour. Me voilà sur la première ligne, neuvième trace. Le silence est angoissant, ponctué de murmures " bla bla bla De Zolt " " bla bla bla De Zolt ", en toutes les langues. Et oui, Maurillo De Zolt, le Maurillo des Jeux olympiques de 1995, est dans ma catégorie M4. Lui aussi est sur la ligne numéro un, dans la première trace, et il brille par son absence. Cest la vedette de ces championnats et son arrivée sera théâtrale. Six caméras lentourent, la musique est tonitruante, la foule est en délire, les annonceurs épuisent leur collection de superlatifs : ce nest pas De Zolt qui arrive, cest le magnifique, lextraordinaire, lexceptionnel, le fantastique, le merveilleux De Zolt. Noubliez pas, on est en Italie et De Zolt, il est Italien.
Jétais encore en train dadmirer le De Zolt, quand le départ a sonné. Aie ! Aie ! Aie ! Ça double-pousse tellement fort quau bout du plateau de départ, je suis cinquième, mais à moitié asphyxié. Avant même davoir amorcé mon two-skate, je suis trentième. Les Européens ça skient vite, très vite. Moi jessaie de survivre et de ne pas lâcher avant la fin du premier kilomètre.
Comment on fait, à bout de souffle, avec les muscles qui brûlent, la tête qui ne commande plus rien et le goût de vomir pour ne pas arrêter ??? Mystère, mais jai continué.
Il fait 12 °C, on skie dans un liquide blanchâtre. Dans les virages, je fais des gerbes deau, comme en ski nautique. Mais ce nest pas un bateau qui me tire, cest la foule. Parce quen Italie, ce nest pas comme chez nous, on ne se gèle pas, alors la foule peut assister et encourager. Dailleurs, cest une foule professionnelle qui encourage sans distinction de costume ou de nationalité. Elle encourage pour le sport, pour le compétiteur, pour le plaisir et ça aide parce que des inconnus qui courent à côté de toi en toffrant de leau en italien, en slovaque ou en tchèque, ça stimule. Comme on nest pas habitué à de belles manifestations damitié, jen ai profité; jai ralenti.
Au quinzième kilomètre, jai commencé à remonter quelques coureurs. Impossible de skier technique : oublié le one-skate, oublié le two-skate, cest trop mou dans ce paradis du offset. Mauvais pour moi qui ai échoué le cours de offset 201 de Fred au Camp des maîtres.
En passant, mon Fred, écoute bien ça et prend des notes. Les Européens ont un style différent du nôtre. Le transfert de poids, ils sen foutent; la coordination, ils lignorent; lélégance, ils ne connaissent pas. Ce qui compte, cest le temps : 80 coups minute. Si tu tiens ça 2 heures 30, tu peux être dans les dix premiers. Autrement, tu fais comme moi : vingtième.
Dernière montée. Mon gourou est là, il sest mis une grosse moustache et il fait des pizzas. Cest normal, on est en Italie. " Il te reste un kilomètre. Relaxe, les officiels ne sont pas encore partis. De Zolt a terminé, il est rentré chez lui depuis trente minutes, tu ne seras pas sur la photo avec lui. " Quel réconfort, aucune caméra ne mattend.
À larrivée, un Allemand ma serré la main, un Russe ma embrassé, un Italien a crié mon nom et Carole ma donné un énorme bec [bien meilleur que celui du Russe].
Douche, café et on fonce à la remise des médailles au centre sportif. Cest une belle salle avec des Norvégiens sous un drapeau norvégien, des Russes habillés en itinérants, des Américains en costume SWIX américain, des Suédois en costume SWIX suédois et dautres nationalités en costume SWIX dautres nationalités. Cest beaucoup trop long, on va souper.
Déception. Il ny a pas de Da Giovanni ni de Pizza Hut au village, ce qui nous oblige à rentrer dans un restaurant italien pas connu pour manger des pâtes inconnues. La machine à faire les spaghettis est détraquée, les quatre sortes de pâtes quon a commandées sont plus recroquevillées et tortueuses les unes que les autres. Je vous passe les noms, elles ne sont pas importées au Québec. Dodo à 9 heures.
Lundi
Un petit tour au village. Café. Ce sont les filles qui courent aujourdhui; on va les encourager... avec les mains parce quon ne sait pas crier en Letton ou en Tchètchène. Cest un bon repos actif qui prépare pour le souper de pâtes du soir. Kathy et Claudia ont fait de belles courses.
Je vais vous parler un peu du village.
Altitude : 1 300 m. Une rue principale, sans auto, avec de belles vieilles maisons peintes en couleurs pastel. Très propre, quelques restaurants, un ou deux magasins, une boutique de sport, deux banques, une église, la mairie, la poste, trois boulangeries - pâtisseries - bars - cafés, deux fontaines et des skieurs.
Le magasin de sport, on la visité en quête des secrets du fartage italien. Cest simple, pour bien farter, tu mets du Rhode [Made in Italy, évidemment]. On a acheté quelques klisters.
Nouveau repas de pâtes, mais avec des modèles différents, plus stylisés, plus complexes. Cest Andrée et Carole qui choisissent sur le menu. Elles ont le sens de la pâte. Elles dénichent toujours le modèle surprenant, avec une couleur futuriste et une sauce exotique. Et cest moi qui termine les assiettes...
En rentrant, on a farté " Rhode " comme de vrais Italiens.
Mardi
René part tôt pour le 15 km classique. Ça ne marchera pas très bien. Le klister Rhode ne se laisse pas appliquer facilement par les nord-américains. Il faut une main dexpert pour engluer une semelle et ça se solde par des skis dégueulasses, sans grippe et une course désastreuse.
À midi, cest à mon tour de partir pour Passo Coe. Il fait chaud. La température grimpera à 18 °C pendant la course.
Même position sur le plateau de départ. De Zolt arrive à la dernière minute avec les caméras, les cris, la musique et la foule en délire.
Pan ! Cest parti. Je suis sixième après le plateau de départ, vingt-quatrième après quelques minutes. Plus personne ne me doublera; jai décidé douvrir la machine. Quelques skieurs me dépasseront, mais je les redouble aussitôt. Je dois arriver au plus vite si je veux être à larrivée pour prendre une photo avec De Zolt.
Cest comme pour la première course, mais plus chaud, plus mouillé, plus pénible. Les skis ne glissent pas, la technique ne sert à rien. Mais la foule est là et pour ne pas la décevoir, je vais continuer à me battre [avec mon envie darrêter]. Jespère secrètement quà Lake Placid, lan prochain, il fera froid. On va voir si les Européens sont aussi à laise... Mon gourou nest pas là. Sur le bord de la piste, il ma laissé un message : " Suis à la piscine STOP Attention aux coups de soleil STOP Reste une pizzalfredo [ma spécialité] STOP ". Je nai pas faim.
Jai franchi la ligne darrivée heureux de ma performance, mais parfaitement conscient quil y a beaucoup de maîtres meilleurs que moi. Au fait, dans mes deux premières courses, je suis premier Canadien. Pas mal. Mais si jétais M6 [55-59 ans], jaurais terminé neuvième dans chaque compétition. Pas terrible. Carole a pris une photo de De Zolt et moi. Il était content de poser à côté de mon beau costume. Faut préciser que si on nest pas les meilleurs, notre bel habit Pearl Izumi est de loin le plus beau. Vous le connaissez : jaune - rouge et des bulles grises. Jai eu de la misère à ne pas le vendre. Tout le monde en veut un comme ça. Quand je pense quau Keskinada ils voulaient quon mette des papiers collants pour cacher les lettres, un peu trop grosses...
Laprès-midi, on a fait du tourisme. Les routes sont magnifiques avec des cols impressionnants et des points de vue ahurissants. Le soir, pour changer, on a souper dans une pizzeria pas connue mais excellente.
Mercredi
Tourisme dans les Dolomites. On a échappé à une avalanche qui a traversé la route quelques minutes avant notre passage. Si je passe rapidement sur les journées de repos, cest parce que je ne suis pas là pour écrire un guide touristique sur la Vénétie, mais pour le ski.
Au fait, je ne vous lai jamais dit, un de mes grands-pères était Italien [du Sud] et quand jétais petit, ça parlait italien à la maison. Jai tout oublié, quelle honte ! Pourtant, quarante ans après, jai instantanément retrouvé les odeurs et les goûts qui ont marqué mon enfance. Les senteurs de repas, les effluves de cuisine, tout était entreposé dans mon subconscient, prêt à ressortir au premier " Buon giorno ". Alors vous comprendrez que mon tourisme, je lai fait avec le nez et les papilles gustatives beaucoup plus quavec les yeux.
Bref, on a passé une bonne journée.
Jeudi
On est parti skier dans un autre centre, mais après une heure de route tortueuse, on a échoué dans une prairie sans neige, devant un centre fermé. Cest donc à Passo Coe quon sest entraîné.
Cest la journée des relais. René et moi on est bien contents de ne pas y participer. Cest épuisant avant un 50 km. Dautres Canadiens ont magnifiquement fait ça. Bravo !
Le soir, on a " déklistéré " les skis et après on a mangé des pizzas. Le choix a été long; il y en avait 71 au menu. Jai choisi au pif : une pizza aux pommes de terre. Un désastre, parlez-en à Carole.
Vendredi
Veille du 50 km. Jai fait un peu de classique, mais sans grande conviction; je narrive pas à farter convenablement. Jai donc pris une décision qui savérera excellente. Jai donné mes skis à un spécialiste farteur italien. Cest beau la confiance... Et le reste de la journée, je me suis reposé.
Samedi
Réveil à 6 heures 30, stressé, mais reposé.
Mauvaise surprise au départ. Les vagues sont aux cinq minutes et non aux dix mi-nutes. Je pars donc à 8 heures 15 au lieu de 8 heures 30. Et mes skis ne sont pas prêts.
Je les ai récupérés quatre minutes avant le coup de feu. Sans même les tester, je me suis aligné sur la première ligne, onzième trace. Maurillo fait la compétition de patin cet après-midi. Mon voisin de gauche, un Allemand, me reconnaît; il ma rencontré à Canmore il y a deux ans. On a tout juste le temps de se serrer la main quil faut partir.
Ma double-poussée est dantesque, je suis le quatrième ou cinquième après le plateau de départ, mais quand mes skis ont quitté la trace pour toucher à la neige, jai arrêté net, stoppé par mes six couches de klister. Écrasé à terre, jai été piétiné par tout le paquet. Je me suis relevé derrière soixante-dix skieurs en folie. Gourou Fred est apparu : " Tu as lair tout plat, secoue-toi un peu. Une petite pizza ? " Il arrive toujours quand je nai pas faim.
Jai démarré tranquillement; 50 km cest long.
La température est de 5 °C. Ça roule extrêmement vite dans les traces encore gelées. Jai peur dans les virages. Le premier tour terminé, le mercure commence à monter et la piste se détériore rapidement. La glisse diminue de plus en plus. Pourtant, avec mon moral dacier, je remonte tranquillement. La foule est moins dense, cest tôt. Mais ça aide quand même dêtre encouragé par des cris et des cloches, spécialement dans les montées qui sont maintenant impraticables. Les spectateurs, massés des deux côtés crient " Heg-Ah " pendant que tu grimpes. Sympathique ? Pas tellement. Plus tu montes, plus ils accélèrent le temps, plus tu tépuises. On évolue dans une espèce de soupe et les skis disparaissent dans la " slush " qui recouvre le sol. Second tour sans problème. En fait, on fera un 45 km parce que la piste est trop abîmée pour faire plus.
Troisième et dernier tour. De plus en plus pénible. La chaleur est intense mais je suis en vingt-deuxième position. Jai pensé à Georges Girard. Un jour il ma dit quune course ce nest pas seulement une compétition contre un adversaire ou un chronomètre, cest aussi une ambiance, un état dâme. Et cest vrai, jétais heureux. Heureux dêtre en santé, heureux de suivre les meilleurs au monde, heureux davoir Carole qui mattendait à larrivée, heureux de pouvoir forcer encore un peu jusquau fil darrivée, heureux des accolades données par des skieurs inconnus qui eux aussi sont fiers den avoir terminé avec les kilomètres.
La course de patin commence dans quelques minutes. Je vais alimenter René, Rob, Dick et les autres le long du parcours. Vous connaissez les pistes de Barry ? Ici cest un peu pareil. On peut facilement voir les skieurs sept à huit fois sur un tour avec un minimum de déplacements. Jai donc joué les porteurs deau tout laprès-midi. La température est maintenant de 15 °C et la piste est transformée en glissade deau. Entre les passages des compétiteurs et des compétitrices qui, elles aussi, sont en course, je crie, jencourage, jabreuve. Carole et Andrée font elles aussi le ravitaillement des amis et la navette des gourdes de jus sucré. Finalement, les skieurs auront raison de la piste et on sest retrouvé, le Team Pearl Izumi au complet, pour la photo à larrivée.
Rendez-vous au banquet, après la douche.
Le banquet cest la détente générale. Bien organisé. De longues tables accueillent les 1 200 participants pendant quun bataillon dappétissantes jeunes filles remplit les assiettes. Impossible de converser, le bruit et la musique sont trop intenses. Mais le vin italien délie les langues et facilite les échanges interna-tionaux. Cest la fête : les Russes chantent, les Italiens dansent, les Français râlent, les Albanais viennent de se révolter, les Allemands mangent, et tout le monde boit.
Fatigués, on quittera la table avant le dessert. Un petit vent de tristesse souffle sur Folgaria. Demain, très tôt, les départs commencent.
Dimanche
Avec beaucoup de patience, on a réussi à entasser 14 paires de skis, 12 paires de bâtons, 4 gros sacs, 3 coffres de fartage, 4 petits sacs et 4 personnes dans la Fiat. Il reste un peu de place pour faire le plein dessence. À 9 heures, on décolle via Venise. On respire chacun son tour et pour passer les vitesses, on ouvre les vitres.
À Treviso, on a arrêté dans un hôtel et pris le train pour Venise. Ça coupe le goût dêtre romantique. Ça pue et on est coincé au milieu dun million dautres visiteurs. Pas question de se promener, on suit la marée humaine. Cest elle la guide touristique. Les bâtiments sont vieux, sales et mal entretenus et senfoncent tranquillement dans une eau boueuse et malodorante.
Tous les magasins à touristes vendent des masques et des poupées. Pas question de trouver une tour de Pise ou un Oratoire Saint-Joseph dans un globe de verre. Ça me déçoit beaucoup. Rapide passage à la place Saint-Marc. Pas un seul pigeon, il ny a pas de place pour atterrir. La foule nous a ramenés au train de 19 heures 28. Une heure après, on dormait.
Lundi
Jai abandonné lauto à laérodrome, pris un dernier café et les vacances se sont terminées.
Une petite secousse, un gros bruit, quelques vibrations, le vol Alitalia pour Londres vient de décoller.
Avril 1997