«

»

Messieurs, avez-vous ski faut?

Messieurs, avez-vous  » ski  » faut ? par Christianne Caya

Un autre bel hiver vient de s’ajouter à ma vie. Plus de mille kilomètres parcourus dans les sous-bois à la rencontre de pistes de lièvres et d’homo-sapiens quelques fois bien particuliers… Après quinze ans d’entraînement en ski, en majeure partie solitaire, je peux vous parler du genre humain que j’ai pu rencontrer en compétition ou à l’entraînement. Ah que si ! Tous des beaux bonhommes !

Imaginez-vous donc que les valeureux membres masculins du conseil d’administration de l’AMSF m’ont exhortée de produire un article scientifique [rejoignant la rigueur du Docteur Guy Thibault] portant sur la chose. Je leur ai promis que, pour une fois, moi, Christianne, représentante de la gent féminine, je me paierais la traite…

Lorsqu’une fille skie seule, il peut lui arriver de rencontrer plusieurs sortes de matamores. La première catégorie la plus courante étant celle-ci : skiant à un bon rythme, je dépasse un gars qui, vexé dans son amour propre et croyant à une attaque à sa virilité, se met en quête de reprendre sa place… devant moi bien entendu. Alors commence la chasse à la  » p’tite mosusse « . Tu le sens reprendre un peu de vitesse derrière tes skis, tu entends le souffle court de la bête de chasse et là, compétitive comme je suis, j’augmente encore le rythme, un peu question de faire travailler la proie. Ah quel plaisir ! Je vous le jure. En plus, cette chasse primitive est profitable au VO2max de l’attaquant et de l’attaqué [principe scientifique no 1 à l’entraînement : varier le rythme].

Un peu plus loin, tu peux aussi rencontrer le type mulet. Sur une boucle de quinze kilomètres, ce Hulk en puissance peut transporter un sac à dos d’expédition contenant les douze couleurs de cires SWIX, trois tubes de klister [la température pourrait changer drastiquement], deux sandwiches au tofu, un thermos de tisane de blé, un sac de granola de vingt livres sans chocolat [histoire de glycémie quelconque], deux chandails de laine de mouton, le kit de survie du Nord canadien, une boussole et je ne sais trop quoi encore. Facile à identifier celui-là, il défonce les pistes tant en profondeur qu’en largeur avec ses skis de raid. Sauf que là il est au Centre Castor à Valcartier. Tu lui dis  » Salut « , il te répond  » Yo « . Chic type ce mec avec son habit trois pièces Kanuk.

Ensuite viens le recyclé au ski de fond. Facile à reconnaître, il a ressorti ses  » knickers « , ses guêtres, sa tuque à pompon et ses bâtons en bambou avec des paniers de 20 cm de diamètre. Cette catégorie se divise en deux sous-catégories. Le premier, vêtu de cet attirail possède des skis Atomic de l’année et le deuxième à des skis Canadian Tire avec des fixations à trois trous. Cette situation particulièrement cocasse a nécessité beaucoup de réflexion de ma part, vous comprendrez. J’en suis arrivée à la conclusion suivante : le premier est moralement convaincu que son retour au ski est le meilleur choix, mais son budget ne permet qu’une grosse dépense par année. L’an prochain, se dit-il, je serai en lycra comme les pros [il attend la vente de fin de saison sur les habits Louis Garneau -40 % en magasin]; le deuxième s’est dit comme mon grand-père,  » J’ai toujours skié avec ce kit-là, la mode c’est une histoire de matante, ils ne me feront pas changer d’idée « .

Il y a aussi le quelconque Gérard qui, à l’intersection de deux pistes, s’est allumé une cigarette et en profite pour prendre l’air ! Celui-là normalement ne fait pas que te regarder, il te dévisage de la tête aux pieds en t’interpellant [dans sa tête heureusement]  » Salut bébé, quesse-tu fais à soir ? »

L’entraînement continue et comme tout bon skieur, j’ai repéré un krac à cent mètres. Impossible de rester calme, il faut aller le chercher, c’est viscéral, je n’y peux rien. Mis à part les Pierre Harvey et ceux de sa classe que je respecte profondément, je tente ma chance. La course commence, il sait que tu es derrière, contrairement au premier matamore qui ne t’a jamais vu venir ! Il accélère sur le plat, prend de la distance en descente vu son poids [règle de momentum et de gravité], tu reprends du terrain en montée [petit  » frame  » aidant] et là tu y es. Un peu comme à la pêche, tu taquines la truite ! Tu skies dans sa roue, pardon, dans ses traces, proche, proche, question de voir ce qu’il a dans les jambes [je n’ai pas dit… les jambes] et là trois choses peuvent se produire : il bifurque sur une petite piste de côté parce qu’il en peut plus et espère que tu n’iras pas dans cette piste que personne emprunte vraiment, même pas lui normalement. Sinon, il s’arrête pour boire pas pour te laisser passer, non, non… pour boire. Ou bien, il te laisse passer en déblatérant une excuse du genre : je me suis couché tard hier, j’avais un party, on a pas mal fêté, c’est drôle mes skis ne glissent pas aujourd’hui, et une fois sur mille,  » passe, tu skies plus vite que moi « .

Finalement, il y a le type bien [la perle rare]. Celui qui accepte de farter tes skis, de transporter ton équipement à ta voiture, celui qui, à la Saint-Valentin, t’achète un glider fluoré à 100 $. Bien sûr qu’il doit bien y en avoir. Mais où ? J’entends déjà mes collègues masculins me dire que je suis  » androphobe « , pas capable de reconnaître le bon côté des gars. Les femmes pensent que tous les hommes sont des machos. En général, on me dit que les gars reconnaissent et acceptent les filles qui s’entraînent fort et performent bien. C’est vrai, mais pas quand elles sont en avant d’eux. Vous vous imaginez, la fille qui dit à son chum en partant pour une randonnée :  » Chéri, je t’attendrai au chalet après le 30 km, ne tarde pas trop !  »

Que d’aventures ai-je vécues pendant toutes ces années de ski. La recherche du skieur idéal n’est pas terminé messieurs. Je suis certaine que d’autres skieuses auraient quelques  » types  » d’hommes à ajouter à cette liste. D’un autre côté, étant presque parfaite en soi, la gent féminine vous salue et vous souhaite de ne pas trop changer, on ne pourrait plus rigoler autant…

Amicalement, d’une amante de ski.

Mai 1998

Laisser un commentaire

Votre email ne sera pas publié.

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>