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Une potion magique?

Une potion magique ? par Pierrette Bergeron

Dans une entrevue publiée dans Le Devoir du 29 avril 2000, Jérôme Chiotti, qui a été champion du monde en vélo de montagne, parle du « pot belge qui sert à l’entraînement »; ce pot est en fait un « cocktail à base d’amphétamines, de caféine, de cocaïne et d’héroïne ». C’est bien connu que les athlètes, les sportifs et les entraîneurs sont toujours à l’affût de substances pouvant favoriser la performance. Et les modes se succèdent au rythme des découvertes.

Sans s’adonner aux drogues, plusieurs personnes sportives aimeraient trouver une potion « permise », sans effets secondaires nocifs, qui compenserait un potentiel génétique moindre, un entraînement réduit ou des habitudes de vie moins appropriées. La consommation de suppléments alimentaires est donc très populaire. Selon les enquêtes, près de la moitié des athlètes et des sportifs en font usage et la proportion d’usagers est plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Plusieurs croient que leurs besoins accrus par l’exercice ne peuvent être satisfaits seulement par les aliments. Et certains mythes ont la vie dure! Toutefois, l’utilisation est moins répandue chez ceux qui sont plus informés.

Le tableau suivant résume les données scientifiques sur quelques suppléments.

Produit Description/rôles Effets des suppléments Remarques
Protéines Sources: œufs, lait, soya, lactosérum hydrolysé, foie ± vitamines et minéraux. Il n’existe aucune preuve à l’effet qu’un apport élevé en protéines augmente la masse musculaire. Plusieurs produits sont très dispendieux.

À lui seul, un bon travail musculaire cause une augmentation du volume des muscles.

L’apport énergétique total est tout aussi important que l’apport en protéines.

Acides aminés (ex. arginine) Stimule la sécrétion d’hormone de croissance si par voie intraveineuse (dose nécessaire = 32 g). Aucun effet rapporté par voie orale. L’exercice, le sommeil, etc. stimulent aussi la sécrétion d’hormone de croissance.
Multi-vitamines Impliquées en quantités infimes dans plusieurs réactions de l’organisme. Aucun effet positif mesurable sur la performance. La plupart des sportifs rencontrent régulièrement leurs besoins.
Vitamine E Antioxydant important associé à l’exercice.

Neutralisation des radicaux libres provenant des polluants environnementaux.

Réduction des indices de stress oxydatif résultant d’un exercice assez intense.

Très peu d’évidence d’un effet sur la performance.

D’autres recherches sont nécessaires avant de recommander un supplément aux sportifs.
Sélénium Composé de la glutathione peroxidase qui réduit les dommages dus à la peroxydation des lipides. Toxique à des doses peu élevées.

Aucun effet démontré sur la performance.

Certaines maladies musculaires sont associées à une déficience en vitamine E et sélénium.

Apport adéquat en général.

Choline Substance semblable à une vitamine retrouvée dans toutes les cellules végétales et animales.

Composé de la lécithine.

Aucun sur la performance.

 

Aucun cas de déficience.

Ø taux sanguin après un exercice de longue durée.

Les suppléments de lécithine fournissent peu de choline.

Ornithine

(OKG = ornithine a-cétoglutarate)

Acide aminé non essentiel, de structure similaire à l’arginine. Aucun effet documenté sur la performance.

Aucun effet sur la sécrétion d’insuline.

Les réclames publicitaires reposent sur des études de cas médicaux ou faites chez le rat.
Q10

(Cœnzyme Q10 ou ubiquinone-10)

Transporteur liposoluble d’électrons dans la membrane de la mitochondrie.

Utilisé comme antioxydant.

Aucun sur la performance.

Aucun effet démontré de la Ø de la peroxydation des lipides.

≠ dommages cellulaires lors d’exercice intense.

 
Ginseng Considéré comme stimulant. Amélioration de l’endurance à la nage et à la course chez des souris (doses très fortes).

Aucune amélioration de l’endurance chez des humains.

Contre-indiqué chez les personnes souffrant de troubles cardiaques.
Smilax Extrait de la plante salsepareille. Aucun effet documenté sur la performance.

Dangereux à fortes doses.

 
Matol Préparation minérale liquide à base d’extraits de fleurs, feuilles, racines et écorces de plantes. De grandes quantités pourraient causer un déséquilibre électrolytique.  
Pollen d’abeille Mélange de salive d’abeille, de nectar de plantes et de pollen. Aucun sur la performance. Peut causer des réactions allergiques sérieuses.

Il a été question de la créatine dans le numéro de l’automne 1999 de L’Écho des maîtres.

Comme on peut le constater, il est peu probable que la prise d’un supplément ait un effet physiologique sur la performance. Toutefois, certaines manifestations attribuées aux suppléments pourraient résulter d’un effet placébo. Cet effet peut même compter pour 60 % du résultat observé.

En général, les personnes sportives sont moins à risque de déficiences nutritionnelles que les personnes sédentaires. Elles mangent plus pour répondre à leurs besoins accrus d’énergie, obtenant ainsi d’amples quantités d’éléments nutritifs.

Pour ceux et celles que cela pourrait intéresser, mentionnons que des substances peuvent influencer le contrôle du dopage; celles à surveiller incluent certaines graines de pavot, la caféine, certaines tisanes et herbes, certains suppléments de vitamines et de minéraux.

Plusieurs réclames publicitaires au sujet de produits ne sont pas appropriées et souvent, il est difficile de les évaluer à moins d’être un expert du domaine.

Certaines sont basées sur les rôles connus de substances dans l’organisme; même si on consomme une substance en plus grande quantité et que son taux sanguin augmente, son rôle ne sera pas automatiquement amplifié.

L’organisme humain dispose de plusieurs mécanismes de régulation. Ainsi, si on consomme beaucoup de créatine, la synthèse interne diminue et l’excrétion rénale augmente.

Même si certaines conditions médicales sont susceptibles d’être améliorées par des mégadoses de vitamines, cela ne veut pas dire que des mégadoses permettent de les prévenir.

Une technique utilisée couramment consiste à faire endosser le produit par une ou un athlète connu(e), suggérant ainsi que son succès est relié au produit. Beaucoup d’athlètes reçoivent des commandites de compagnies !

L’utilisation de suppléments peut être indiquée dans certaines situations, comme lors d’une carence nutritionnelle, d’un apport alimentaire perturbé, etc. et contribuer ainsi à l’amélioration de la performance. Cependant, l’utilisation généralisée de suppléments dans le but d’améliorer la performance n’est pas justifiée. La potion magique alimentaire n’est pas encore née. Pour performer, il faudra continuer à manger des aliments variés, à s’entraîner adéquatement, à récupérer suffisamment. Ce qui aide surtout, c’est de « bien choisir ses parents » comme dirait Guy.

Site intéressant publiant des articles d’Ellen Coleman sur divers suppléments :

http://www.hcrc.org/contrib/coleman/coleman.html

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